Grâce à la liberté dans les communications, des groupes d’hommes de même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées.
Friedrich Nietzsche (Fragments posthumes XIII-883)

2018-06-01

2018 - JUN... chap. LX




LX. L'avenir dure longtemps


Aussi faut-il agir sans plus attendre.






Tout grand tour de magie se déploie en 3 actes. 
Le premier est la promesse : le magicien présente une chose ordinaire, qui évidemment est loin de l'être en réalité. 
Le second est le tour : le magicien transforme une chose ordinaire en quelque chose d'extra-ordinaire. Vous cherchez le secret, mais en vain... 
D'où le troisième acte, le prestige, celui des rebondissements imprévus, du jamais vu, fabuleux ou ahurissant, thaumaturgique ou étrange, sidérant ou insolite, sans nul autre pareil.


Qui allez-vous croire ? Moi ou vos propres yeux ?


Est-il vraiment étonnant que Arthur Conan Doyle et Harry Houdini, deux maîtres du mystère et de l'évasion, versés dans l'art de rendre possible l'impossible, défiant la raison tout en se jouant des cœurs, se soient rencontrés, aimés, quittés ? Leurs croyances/non croyances respectives à propos du para-normal en sont la cause.  Qui l'eût cru ? Et qui eût attribué l'initiative de la rupture à celui qui semblait le moins irrationnel des deux ?
L'époque, au tournant du siècle, était au spiritisme, on faisait tourner les tables, parler les morts, on cultivait l'écriture automatique. Le scepticisme finit par avoir raison du prince des airs, fils de rabin et magicien, que l'au-delà avait attiré après la mort de ses parents, tandis que le père de Sherlock Holmes, agnostique et séduit par les fées de Cottingley, y trouva un apaisement quand son fils fut victime de la Grande guerre .



 1927 (3 ans avant la mort de ACD)
I'm not talking about what I believe, I'm not talking about what I think, I'm talking about what I know...

Les tours de magie impliquent souvent un détournement de l'attention. Afin de créer une illusion, le magicien doit effectuer une action à l'insu, l'invu du public. Cela exige de fournir à ce dernier quelque chose d'autre sur quoi se concentrer (les magiciens ont du mal à se tromper les uns les autres, parce qu'ils identifient ce qu'il faut ignorer).
L'exploit du magicien est évidemment truqué, mais comme pour tout tour de magie, l’art de feindre a non seulement ses vertus esthétiques, mais surtout ses propres leçons à donner sur les modalités de perception et d’interprétation du monde. 
Au cinéma où le réalisateur contrôle entièrement ce que le spectateur voit (et ne voit pas), la manipulation visuelle peut-elle apparaître comme une «tricherie» ? Une approche plus sophistiquée est nécessaire - une distraction de l'attention du public, qui l'empêche de trop réfléchir sur un élément du récit en le poussant à spéculer sur un autre.


Ainsi du dr Totman, au nom comme prédestiné puisque "tot" signifie "bambin" en anglais ("mort" en allemand). Il est vraisemblable qu'il ait fourni le canevas de la description que Jane TB a faite de l'homme à l'enfant.
Les Totman (deux enfants) arrivèrent à PDL le 28 avril, comme les TP9, mais pour un séjour de deux semaines. Médecins eux aussi, ils habitaient dans l'immeuble G4 un appartement (4M) très voisin de celui de JW (4O). JT jouait au tennis, notamment avec Gerald MC, il n'était pas un inconnu. 


Le point important c'est de déterminer comment JT a appris que Jane TB avait vu le ravisseur. C'est une question-clef car, pour décider qu'il était peut-être (à la lettre) l'homme au bambin aperçu par Jane, il fallait incontournablement que le docteur Totman connaisse certains détails. Il devait savoir, au minimum :
- tout d'abord que Jane avait vu un homme portant un enfant qu'elle pensait être le ravisseur,
- que la descrition des vêtements de l'homme collait avec les vêtements que lui-même portait,
- que l'heure du signalement collait avec l'heure où il était dans la rue avec son enfant.
Or ces éléments n'étaient pas dans le domaine public en mai 2007 en raison du secret de l'instruction. S'il y avait eu une fuite, les médias n'auraient pas manqué d'en parler immédiatement. Les premières allusions médiatiques à Tannerman datent de novembre 2007. Jane TB, officiellement parce qu'elle n'en pouvait plus d'être considérée comme une menteuse, a alors brisé le tabou du secret de l'instruction et s'est mise à table devant les caméras de la BBC (Panorama). Absolument impunément. Si elle avait espéré que ce défi lancé aux autorités portugaises aurait au moins une vertu provocatrice, elle se trompait.


Six ans plus tard, le DCI Andy Redwood allait réduire le signalement de Jane à peau de chagrin : elle avait tout faux, elle n'avait vu qu'un père revenant de la crèche. Entretemps la longévité du hareng rouge Tannerman avait été étonnante, pour ne rien dire des dégâts inhérents à cette imposture.


Il est raisonnable d'imaginer que le docteur T a eu plus d'une occasion de converser avec les TP après la disparition, d'autant plus qu'il est resté à PDL jusqu'au 12 mai. Il est plausible que, malgré le secret de l'instruction, on lui ait raconté que Jane avait probablement vu le ravisseur et il n'est pas insensé d'imaginer que l'aspect de ce dernier ait été évoqué.  Si le docteur T et les TP ont fini par se demande si le premier pouvait être le signalement de Jane, n'est-il pas probable que Julian et Jane aient été incités par les autres à entrer davantage dans les détails ? Jane, qui se sentait coupable de ne pas avoir alerté immédiatement, désirait-elle autre chose que la paix de sa conscience ? 

Revenant de la crèche (Crimewatch, octobre 2013), il est hors de question que JT ait traversé la rue dans le sens, exactement opposé, indiqué par Jane. Selon des forumeurs jamais à court d'invention il serait revenu en arrière, ayant oublié ceci ou cela ou s'étant aperçu que la couverture était tombée ou voulant rejoindre sa femme qui n'arrivait pas...
Pour mémoire la direction (ouest-est) décrite par Jane a manifestement embarrassé le DCI Redwood qui s'est gardé d'en parler.
Le docteur T aurait-il fait une déposition, Tannerman serait mort-né. Non que la PJ ait cru longtemps à son existence, mais les enquêteurs se sont fait un devoir de ne pas abandonner cette piste puisque,
malgré les appels à témoins et la célébrité de l'affaire, personne n'était venu dire qu'il était Tannerman.
Les discrépances de Jane TB, du reste, ont contribué à discréditer ses dires. Par exemple elle n'a mentionné de frou-frou au bas des jambes du pyjama ni le 4 mai (1ère audition) ni le 10 mai (2nde audition). Elle a plus tard dit erronément qu'elle en avait parlé le 10. La ligne de temps évoque un revers (le pyjama de l'enfant de JT a un revers orange foncé). Un an plus tard (début avril), lors de l'audition rogatoire, Jane souligna que le frou-frou avait été l'élément décisif pour identifier le pyjama comme semblable à celui de MMC (exhibé à la TV en juin). 

Comment Jane a-t-elle appris que MMC avait disparu (elle était chez elle lorsque Kate a appelé à l'aide) ? Là aussi elle n'est pas cohérente : le 4 mai elle déclare l'avoir appris par les cris de Kate et Fiona, mais le 10 mai c'est Kate elle-même qui l'informe, tandis qu'en avril (rog) c'est Rachael qui la met au courant.. 

En déduire que le docteur T s'est délibérément abstenu de contacter les autorités dans les jours qui ont suivi la disparition, se cantonnant dans le doute et se réfugiant dans l'incertitude ? A-t-il considéré qu'il valait mieux se taire parce que Tannerman était le seul élément de preuve d'un enlèvement qu'il n'avait aucune raison de torpiller ? Parce que Tannerman était le fouet indispensable pour faire avancer l'indolente PJ ?



09 – Blacksmith Bureau – Progress Report

Le Parlement français a pris connaissance d'une proposition du groupe majoritaire à propos, d'abord, des fausses nouvelles, puis de la manipulation de l’information. Les libertés publiques fondamentales, dont principalement la liberté de pensée et d’expression, y sont mises à mal. L’objectif serait d'empêcher l’expression via la Toile d’opinions non validées par le pouvoir et ses sbires médiatiques. La ministre de la culture a déclaré publiquement que la capacité de discernement des citoyens ne suffisait plus  et qu’il fallait former les citoyens. À quoi ?  À la vérité officielle ?