Grâce à la liberté dans les communications, des groupes d’hommes de même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées.
Friedrich Nietzsche (Fragments posthumes XIII-883)

E




Écoute des enfants (Baby-Listening)
Émotion (la stratégie de l')
Empreinte (digitale)
Empreinte (génétique)
Enfant (précieux)
Enlèvement
Enquête (criminelle)
Enquête sur la disparition de MMC
Erreur (judiciaire)



Écoute des bébés
Aucun service d'écoute ne prévoit que les portes des appartements ne soient pas fermées à clef. Il faut en outre que les écoutants puissent entendre tous les enfants pleurer ou appeler. Les TP n'ont donc pas reproduit le modèle proposé par les tours opérateurs quand les conditions le permettent. 
Lorsqu'un service d'écoute pour bébé est disponible, il ne permet en aucun cas aux parents de se dégager de toute responsabilité vis-à-vis de leurs enfants.
 

Émotion (la stratégie de l')
Les émotions envahissent l'espace public, dévorent l'espace social et politique au détriment des autres modes de connaissance du monde, notamment la raison. Les médias y contribuent pour une bonne part avec leurs simplifications, mais les autorités n'hésitent pas à recourir à la précaution compassionnelle. Des émissions de divertissement à l’actualité médiatique en passant par les discours politiques, le recours à l’émotion est devenu l’une des figures imposées de la vie publique. L'empire des affects incite les hommes à pleurer plutôt qu'à agir. Frémir plutôt que réfléchir. Compatir plutôt qu'analyser. L’émotion demeure l’ennemie radicale de la raison : elle n’essaie pas de comprendre, elle “ressent”.
La dictature de l’émotion, l'empire de l'émotion.
L’un des symboles les plus visibles de l’invasion de l’espace public par l’émotion est le phénomène grandissant des marches blanches. La plupart du temps spontanées, celles-ci rassemblent, à la suite d’un accident ou d’un crime particulièrement odieux, des foules parfois immenses à l’échelle des villes et des villages où elles se déroulent. Elles sont dites « blanches » car elles renvoient à la non-violence et à l’idéal de paix. Elles expriment l’indignation face à des agissements aussi insupportables qu’incompréhensibles, mais elles n'ont aucune conséquence pratique.
Aucun slogan, aucune revendication n'accompagne ces processions silencieuses à rapprocher de la valorisation omniprésente de la figure de la victime, parée de toutes les vertus et à laquelle on rend un hommage absolu, sans s’interroger, par un processus d’empathie (ça aurait pu être moi). 
Toute catastrophe s’accompagne ainsi du déploiement théâtral de cellules d’aide psychologique. Les procès de la Cour pénale internationale prévoient désormais des espaces de parole pour les victimes, sans lien avec les nécessités de la manifestation de la vérité dans une affaire donnée, ni interrogation sur les chocs préjudiciables à la sérénité des délibérations que peuvent provoquer ces témoignages souvent aussi sensationnels qu’inutiles.
Le culte de la victime 
L’émotion pose un redoutable défi à la démocratie, car il s’agit, par nature, d’un phénomène qui place le citoyen en position passive. Il réagit au lieu d’agir. Il s’en remet à son ressenti plus qu’à sa raison. Ce sont les événements qui le motivent, pas sa pensée.
L’émotion est subie. On ne peut pas en sortir à son gré, elle s’épuise d’elle-même, mais nous ne pouvons l’arrêter, écrivait Jean-Paul Sartre. Lorsque, toutes voies étant barrées, la conscience se précipite dans le monde magique de l’émotion, elle s’y précipite tout entière en se dégradant (…). La conscience qui s’émeut ressemble assez à la conscience qui s’endort.
L’émotion abolit la distance entre le sujet et l’objet ; elle empêche le recul nécessaire à la pensée ; elle prive le citoyen du temps de la réflexion et du débat, elle le livre aux obscurantismes contemporains, aux charlatans de l’occultisme, aux gourous des pseudo-médecines et de la parapsychologie, aux manipulateurs de l’ignorance, aux exploiteurs de la crédulité.
Face à la déchirure du tissu social et à la crainte de l’avenir, l’émotion réhumanise, elle fait du bien. Elle soulage d’autant plus qu’elle est partagée, elle conjure brièvement le sentiment pesant de l’impuissance en permettant une sorte de communion propre à retisser le lien social.



Empreinte (digitale)

La classification des dessins papillaires des individus qui comportent des lignes, des lacs, boucles, arcs ou verticilles typiques pour chacun, a été élaborée à la fin du XVIIIe siècle par le Britannique sir Edward Henry de Scotland Yard. C’est la dactyloscopie. En France et en 1894, le père de la police technique, Alphonse Bertillon, ajoute aux mesures anthropométriques sur ses fiches les quatre doigts de la main droite des suspects. Il identifie ainsi en 1902, pour la première fois, le meurtrier d’un dentiste qui avait laissé des traces sur les morceaux de verre d’une vitrine brisée. 
Le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) a été créé en 1987, et compte aujourd’hui plus de 5 millions d’auteurs de crimes ou de délits dans sa base de données.

 
Empreinte (génétique)
Le procédé mis au point en 1985 par le Britannique Alec Jeffreys, professeur à l’université de Leicester, se fonde sur la présence, dans chaque cellule de notre organisme, de molécules d’ADN (acide désoxyribonucléique), dont la structure en double hélice a été établie en 1953. Chacune de ces molécules forme un chromosome, sur lequel est stocké une partie de l’information génétique. Ainsi, chez l’homme, la totalité du patrimoine génétique ou « génome » est contenue dans 23 paires de chromosomes et est propre à chaque personne. Seuls les vrais jumeaux peuvent avoir le même génome.



Enfant (précieux)
Tous les enfants ont droit à l’attention des adultes mais là aussi une certaine équité s’impose. La disparition de Madeleine MC a fait croître, au sein de l'opinion publique, l'idée perturbante que certains enfants étaient plus précieux que d'autres. Eussent les parents de Madeleine MC montré qu'ils étaient conscient du caractère exceptionnel d'un soutien exceptionnel, ils eurent pu devenir emblématiques d'un état idéal de l'ordre des choses. Quels autres parents pourront jamais bénéficier de la générosité de plusieurs milliardaires prêts à dépenser des fortunes en honoraires d'avocats, en experts de relations publiques, en campagnes médiatiques coûteuses pour dire au monde entier que leur enfant chéri manque toujours à l'appel ?

Et plus le temps passe, plus tout cet argent et cette énergie semblent dépensés en vain.


Enlèvement
L'enlèvement d'enfant contre rançon n'est plus à la mode car il est extrêmement peu probable que tout se passe bien pour les ravisseurs.

L'enlèvement par des étrangers est donc très rare, mais qui le pratique ?  Statistiquement, surtout des hommes.  Dans 89% des cas, des prédateurs enlèvent des enfants de plus de 5 ans et 50% d'entre eux agressent sexuellement leurs victimes, 88% la tuant dans les 24 premières heures.

L'enlèvement d'enfant ne représente que 2% de tous les crimes violents contre des enfants et des mineurs. Sur 20 cas, 10 sont des enlèvements familiaux, 5 sont des enlèvements par des connaissances et 5 sont des détournements de mineurs. 89% des victimes de ces derniers ont plus de 5 ans. Peu survivront indemnes.
Il y a un facteur troublant dans la théorie MV de l'enlèvement. Madeleine avait le sommeil léger. Si un étranger s’était présenté à la fenêtre de la chambre ou même dans la chambre elle-même, elle l'aurait entendu et aurait probablement hurlé (avant éventuellement d'être chloroformée.  Or personne ne signale le moindre cri.

Le cahier des charges de Operation Grange est d'investiguer l'enlèvement de MMC, mais l'enfant a-t-elle été arrachée à son lit, à celui de ses parents ou enlevée dans la rue où elle se trouvait à la recherche de ces derniers ?

On peut comprendre que les médias, soit dans la crainte d'être harponnés par CR soit par souci de ne pas ouvrir la boîte de Pandore en mettant clairement en cause l'opération de relecture, puis d'enquête de SY qui repose sur une interprétation arbitraire des faits et a coûté et coûte encore des millions d'euros mettent encore un point d'honneur à assurer leurs lecteurs qu'il n'y a pas d'autre scénario que l'enlèvement, mais il y a encore quelques individus particulièrement obstinés et virulents, sur les réseaux sociaux, qui sans relâche osent répéter que l'enlèvement de MMC est un fait.

L'enlèvement est un axiome plutôt qu'un postulat, en ce qu'est écarté d'emblée le principe de contradiction cher à Aristote : l'enlèvement est évident, c'est une proposition indémontrable dont la vérité interdit toute discussion.




Enquête (criminelle)
Lorsqu'un enquêteur soupçonne un acte criminel concernant une personne disparue, il doit se concentrer sur la saisie des activités de routine de la victime.Rassembler les indices
De nombreux criminels s’efforcent de créer une illusion de distance dans le temps et de proximité physique de la dernière victime. L'élimination réussie du corps est une autre façon pour les délinquants de se détacher du crime. Plus la victime reste longtemps absente, plus grandes sont les chances de voir disparaître des indices importants. Les souvenirs deviennent vagues à mesure qu'ils perdent leur lien avec des événements précis, et les chronologies se révèlent plus abstraites. 

Ne pas accepter les coïncidences mais chercher les déviances par rapport aux comportements patrons (par exemple comparer la réaction des MC à la disparition à la réaction à la mort d'un enfant). Chercher aussi ce qui aurait dû se passer, mais n'est pas arrivé, comme dans Silver Blade de ACD (le chien qui n'a pas aboyé). 
Les historiens ont été les premiers à poser le problème du témoignage. Les enquêteurs ont trop été occupés à établir leur autorité face aux pressions consulaires et médiatiques pour mettre à l'épreuve la narration des protagonistes. L'assurance inébranlable des MC, même s'ils étaient de bonne foi, ne garantissait nullement l'exactitude objective de  leur certitude intime que MMC avait été enlevée. 

Enquête sur la disparition de MMC
La PJ savait qu'elle ne disposait d'aucune preuve tangible découlant des alertes des chiens, mais rien ne lui interdisait de formuler des hypothèses suscitées par ces alertes et d'autres preuves indirectes. Surtout que la thèse d'enlèvement n'avait absolument pour l'étayer.
Le scénario bâti à partir des hypothèses peut être faux, mais aucun autre ne le réfute et il est au moins aussi acceptable que l'enlèvement largement publicité par les MC mais dont ils n'ont jamais ne serait-ce qu'esquissé un modus operandi.

Comme l'a souligné la Cour d'appel : en faisant connaître non pas leur théorie squelettique (car le volet, la fenêtre, Tannerman etc. sont des éléments non prouvés), ils ont ouvert la porte à d'autres théories concurrentes.

L'ouverture du volet et de la fenêtre n'est pas la preuve matérielle de l'enlèvement par un tiers.
Les récits des protagonistes sont si confus qu'ils ne confirment pas grand chose hormis le fait qu'un groupe de personnes dînaient au restaurant Tapas. Par exemple, Jeremy W a vu Gerald MC entre 20.45 et 21.15. À ce point d'imprécision on se demande si son témoignage est productif ou contreproductif. La police britannique aurait pu l'aider en examinant avec lui un degré d'obscurité qui évoluait très rapidement.
Selon SY, ce pouvait être un enlèvement programmé... ou non. Madeleine pouvait être vivante quand elle a quitté l'appartement... ou non. Elle pourrait être encore vivante... ou non.
SY a enquêté sur quelques personnages hors normes ("les 3 ladrons"), mais ils n'ont été ni arrêtés ni accusés, donc ils peuvent ne rien avoir fait de mal... ou non. Kate MC a associé la disparition de Madeleine à d'autres crimes contre des enfants britanniques en Algarve, mais aucune plainte n'a été déposée, donc peut-être... ou non.
Indices ? Peut-être, le temps le dira. Des hypothèses ? Beaucoup. Des éléments probants ? Aucun.
On est loin de l'au-delà de tout doute qui gage l'innocence en common law.
Il n'y a pas suffisamment d'éléments matériels pour se prononcer sur le pourquoi et le comment de la disparition de MMC.


Erreur (judiciaire)
Elle fascine, fait peur, choque et occupe une place à part dans l’imagerie liée aux ­grandes affaires criminelles.

Les causes qui interviennent en amont sont les mêmes partout. Une enquête pas assez poussée, des auditions mal menées avec des aveux plus ou moins extorqués, des expertises insuffisamment fondées ou incomplètes. L’émotion suscitée par le crime ou le profil psychologique des protagonistes peut aussi jouer un rôle capital dans la formation de l’intime conviction du public,facile à manipuler.


Esprit critique
On ne critique pas les MC, on critique ce que les MC ont fait, naturellement. On a le droit de regarder les faits avec un esprit critique, c'est même la seule manière de les regarder sereinement. Cela interdit de construire des jugements moraux. Il y a un risque que les jumeaux trouvent leurs parents responsables puisque, tout le monde le clame, rien ne serait arrivé à leur sœur si leurs parents avaient été à la maison. La plupart des gens, comme Gonçalo Amaral, croient que ce qui est arrivé est dû au comportement irresponsable des MC. Il se pourrait qu'il ait manqué d'esprit critique.