Grâce à la liberté dans les communications, des groupes d’hommes de même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées.
Friedrich Nietzsche (Fragments posthumes XIII-883)

E






Émotion (la stratégie de l')
Émotionnel (choc)
Empreinte (digitale)

Empreinte (génétique)
Enfant (précieux)
Enlèvement (d'enfant)
Enquête (criminelle)
Enquête sur la disparition de MMC
Erreur (judiciaire)

Esprit (critique)
Ethnocentrisme
Excuse





Émotion (la stratégie de l')
La dictature de l’émotion, l'empire de l'émotion, la dictature avilissante de l’affectivité, l'invasion des émotions dans l’espace social et politique au détriment de la raison.. Le règne désormais permanent de l’émotion, règne qui nous empêche de nous livrer à la contrainte douloureuse de la réflexion et de la pensée. Le tsunami compassionnel emporte tout sur son passage et nous interdit de penser, et surtout de penser juste.
En finir avec l’omniprésence du lacrymal et de l’indignation dont le rôle grandissant dans nos sociétés a fini par parasiter non seulement le débat démocratique, mais aussi la décision politique.
Voir dans le sentimentalisme ambiant un désarmement de la volonté et même un renoncement de l’Homme, avec un grand H, à lui-même ? La compassion pour les victimes a fini par faire loi au point d’occuper tout l’espace, de clore tous les questionnements et de s’ériger en barrière devant la réflexion.
Les émotions envahissent l'espace public, dévorent l'espace social et politique au détriment des autres modes de connaissance du monde, notamment la raison. Les médias y contribuent pour une bonne part avec leurs simplifications, mais les autorités n'hésitent pas à recourir à la précaution compassionnelle. Des émissions de divertissement à l’actualité médiatique en passant par les discours politiques, le recours à l’émotion est devenu l’une des figures imposées de la vie publique. L'empire des affects incite les hommes à pleurer plutôt qu'à agir. Frémir plutôt que réfléchir. Compatir plutôt qu'analyser. L’émotion demeure l’ennemie radicale de la raison : on n’essaie pas de comprendre, on “ressent”.
L’un des symboles les plus visibles de l’invasion de l’espace public par l’émotion est le phénomène grandissant des marches blanches. La plupart du temps spontanées, celles-ci rassemblent, à la suite d’un accident ou d’un crime particulièrement odieux, des foules parfois immenses à l’échelle des villes et des villages où elles se déroulent. Elles sont dites « blanches » car elles renvoient à la non-violence et à l’idéal de paix. Elles expriment l’indignation face à des agissements aussi insupportables qu’incompréhensibles, mais elles n'ont aucune conséquence pratique.
Aucun slogan, aucune revendication n'accompagne ces processions silencieuses à rapprocher de la valorisation omniprésente de la figure de la victime, parée de toutes les vertus et à laquelle on rend un hommage absolu, sans s’interroger, par un processus d’empathie (ça aurait pu être moi). 
Toute catastrophe s’accompagne ainsi du déploiement théâtral de cellules d’aide psychologique. Les procès de la Cour pénale internationale prévoient désormais des espaces de parole pour les victimes, sans lien avec les nécessités de la manifestation de la vérité dans une affaire donnée, ni interrogation sur les chocs préjudiciables à la sérénité des délibérations que peuvent provoquer ces témoignages souvent aussi sensationnels qu’inutiles.
Le culte de la victime 
L’émotion pose un redoutable défi à la démocratie, car il s’agit, par nature, d’un phénomène qui place le citoyen en position passive. Il réagit au lieu d’agir. Il s’en remet à son ressenti plus qu’à sa raison. Ce sont les événements qui le motivent, pas sa pensée.
L’émotion est subie. On ne peut pas en sortir à son gré, elle s’épuise d’elle-même, mais nous ne pouvons l’arrêter, écrivait Jean-Paul Sartre. Lorsque, toutes voies étant barrées, la conscience se précipite dans le monde magique de l’émotion, elle s’y précipite tout entière en se dégradant (…). La conscience qui s’émeut ressemble assez à la conscience qui s’endort.
L’émotion abolit la distance entre le sujet et l’objet ; elle empêche le recul nécessaire à la pensée ; elle prive le citoyen du temps de la réflexion et du débat, elle le livre aux obscurantismes contemporains, aux charlatans de l’occultisme, aux gourous des pseudo-médecines et de la parapsychologie, aux manipulateurs de l’ignorance, aux exploiteurs de la crédulité.
Face à la déchirure du tissu social et à la crainte de l’avenir, l’émotion réhumanise, elle fait du bien. Elle soulage d’autant plus qu’elle est partagée, elle conjure brièvement le sentiment pesant de l’impuissance en permettant une sorte de communion propre à retisser le lien social.
« Le chagrin des victimes ne peut pas être confiscatoire. »
Parmi les exemples les plus récents, la folie médiatique autour de l’assassinat de la joggeuse Alexia Daval et la découverte, au bout d’un mois d’enquête, que le meurtrier était en fait le veuf éploré qui a écumé les radios et les télévisions en clamant qu’il fallait absolument retrouver le coupable. Que le meurtrier se dissimule dans la foule et participe aux recherches du corps, cela n’est pas nouveau. Ce qui l’est, en revanche, c’est l’emballement émotionnel relayé par les médias et qui semble exclure toute hypothèse décalée. La grille lacrymale est manichéenne, elle mène à des erreurs d’appréciation grossières où la faculté de juger est absorbée par la tristesse, la compassion et la colère. On ne tente plus de comprendre le mal ni remonter à la racine pour le combattre, on ne fait que communier dans la douleur qu’il inflige. En témoignent la prolifération des marches blanches et l’engouement pour les causes humanitaires qui ne portent aucun désir de changement, aucune revendication politique et qui n’existent que pour soutenir les victimes.
Les victimes, ces nouveaux héros
La raison, le combat politique, le bon fonctionnement de la justice sont tous engloutis dans les larmes devenues le seul baromètre acceptable par tous. Or pour l’auteur il ne s’agit pas là d’un épiphénomène, mais plutôt d’un renversement inédit de nos valeurs. La victime est le nouvel héros de notre époque. Pendant des siècles, notre civilisation a glorifié des héros qui choisissaient librement leur destin, elle se contente maintenant de célébrer des victimes qui le subissent. Sortir du tout émotionnel, réinventer des héros, reprendre en main notre destin individuel et collectif par les voies balisées de la raison. 
Sortir du tout émotionnel, réinventer des héros, reprendre en main notre destin individuel et collectif par les voies balisées de la raison.

Émotionnel (choc)
On le sait, l’émotion et la peur tétanisent, mettent la personne dans tous ses états, rendent fébrile, empêchent de penser sereinement : seul celui qui parvient à ne pas se laisser saisir par la peur conserve assez de lucidité pour effectuer une analyse réaliste de la situation et pour finalement découvrir une solution efficace.



Empreinte (digitale)
La classification des dessins papillaires des individus qui comportent des lignes, des lacs, boucles, arcs ou verticilles typiques pour chacun, a été élaborée à la fin du XVIIIe siècle par le Britannique sir Edward Henry de Scotland Yard. C’est la dactyloscopie. En France et en 1894, le père de la police technique, Alphonse Bertillon, ajoute aux mesures anthropométriques sur ses fiches les quatre doigts de la main droite des suspects. Il identifie ainsi en 1902, pour la première fois, le meurtrier d’un dentiste qui avait laissé des traces sur les morceaux de verre d’une vitrine brisée. 
Le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) a été créé en 1987, et compte aujourd’hui plus de 5 millions d’auteurs de crimes ou de délits dans sa base de données.

 
Empreinte (génétique)
Le procédé mis au point en 1985 par le Britannique Alec Jeffreys, professeur à l’université de Leicester, se fonde sur la présence, dans chaque cellule de notre organisme, de molécules d’ADN (acide désoxyribonucléique), dont la structure en double hélice a été établie en 1953. Chacune de ces molécules forme un chromosome, sur lequel est stocké une partie de l’information génétique. Ainsi, chez l’homme, la totalité du patrimoine génétique ou « génome » est contenue dans 23 paires de chromosomes et est propre à chaque personne. Seuls les vrais jumeaux peuvent avoir le même génome.



Enfant (précieux)
Tous les enfants ont droit à l’attention des adultes mais là aussi une certaine équité s’impose. La disparition de Madeleine MC a fait croître, au sein de l'opinion publique, l'idée perturbante que certains enfants étaient plus précieux que d'autres. Eussent les parents de Madeleine MC montré qu'ils étaient conscient du caractère exceptionnel d'un soutien exceptionnel, ils eurent pu devenir emblématiques d'un état idéal de l'ordre des choses. Quels autres parents pourront jamais bénéficier de la générosité de plusieurs milliardaires prêts à dépenser des fortunes en honoraires d'avocats, en experts de relations publiques, en campagnes médiatiques coûteuses pour dire au monde entier que leur enfant chéri manque toujours à l'appel?
Et plus le temps passe, plus tout cet argent et cette énergie semblent dépensés en vain.


Enlèvement (d'enfant)
Le soir du 3 mai, tous les enfants de PdL n'étaient pas enlevables. Certains dînaient dehors avec leurs parents, d'autres étaient à la crèche de nuit, d'autres étaient chez eux en famille, d'autres enfin étaient babysittés. Des huit enfants du groupe "Tapas" qui dormaient seuls, trois se trouvaient dans un appartement non fermé à clef.
L'enlèvement d'enfant contre rançon n'est plus à la mode car il est extrêmement peu probable que tout se passe bien pour les ravisseurs.
L'enlèvement par des étrangers est donc très rare, mais qui le pratique ?  Statistiquement, surtout des hommes.  Dans 89% des cas, des prédateurs enlèvent des enfants de plus de 5 ans et 50% d'entre eux agressent sexuellement leurs victimes, 88% la tuant dans les 24 premières heures.
Statistiquement, les causes de mort chez l'enfant sont d'abord l'accident, puis un problème congénital, bien que l'enfant soit en bonne santé. Ensuite la manière de mort la plus probable est aux mains d'un parent. Bien plus loin viennent l'enlèvement et l'assassinat par un tiers.
L'explication par l'enlèvement (non familial) de la disparition d'un enfant de chez lui est statistiquement la moins plausible qui soit.
La probabilité pour un petit enfant (le cas des nouveaux-nés enlevés dans une maternité est à part) d'être enlevé dans un lieu public est extrêmement faible, mais elle est pratiquement nulle si l'enfant est chez lui, a fortiori dans son lit. Pratiquement aussi improbable qu'un petit homme vert venu à bord d'un ovni. Tout le monde le sait, personne ne peut citer de cas et c'est pourquoi les TP auraient dû pleinement collaborer avec la police. Il y allait de leur intérêt (leur réputation) et de celui de Madeleine (l'enquête de la PJ).
L'enlèvement d'enfant ne représente que 2% de tous les crimes violents contre des enfants et des mineurs. Sur 20 cas, 10 sont des enlèvements familiaux, 5 sont des enlèvements par des connaissances et 5 sont des détournements de mineurs. 89% des victimes de ces derniers ont plus de 5 ans. Peu survivront indemnes.
Il y a un facteur troublant dans la théorie MV de l'enlèvement. Madeleine avait le sommeil léger. Si un étranger s’était présenté à la fenêtre de la chambre ou même dans la chambre elle-même, elle l'aurait entendu et aurait probablement hurlé (avant éventuellement d'être chloroformée.  Or personne ne signale le moindre cri.
Le cahier des charges de Operation Grange est d'investiguer l'enlèvement de MMC, mais l'enfant a-t-elle été arrachée à son lit, à celui de ses parents ou enlevée dans la rue où elle se trouvait à la recherche de ces derniers ?
On peut comprendre que les médias, soit dans la crainte d'être harponnés par CR soit par souci de ne pas ouvrir la boîte de Pandore en mettant clairement en cause l'opération de relecture, puis d'enquête de SY qui repose sur une interprétation arbitraire des faits et a coûté et coûte encore des millions d'euros mettent encore un point d'honneur à assurer leurs lecteurs qu'il n'y a pas d'autre scénario que l'enlèvement, mais il y a encore quelques individus particulièrement obstinés et virulents, sur les réseaux sociaux, qui sans relâche osent répéter que l'enlèvement de MMC est un fait.

L'enlèvement est un axiome plutôt qu'un postulat, en ce qu'est écarté d'emblée le principe de contradiction cher à Aristote : l'enlèvement est évident, c'est une proposition indémontrable dont la vérité interdit toute discussion.
Dans certains cas on ne retrouve aucune trace de l'enfant disparu, et l'espoir de retrouver vivant ces enfants plus de dix ans après est quasiment nul. Leurs corps ont pu être enterrés et dissimulés. Jean-Marc Bloch ne crois pas que ces enfants puissent être retenus si longtemps dans des réseaux. 
Comme dans toutes les enquêtes de police, le temps est un ennemi.
Comment exploiter les indices si une scène d'enlèvement a été polluée, comment juger crédible un témoignage si la mémoire de l'intéressé flanche, plusieurs semaines après les faits?
Il faut toutefois savoir qu'environ 40.000 mineurs fuguent tous les ans. Un tiers d'entre eux sont retrouvés dans les 48 heures suivant leur départ. La grande majorité des mineurs fugueurs étaien placés en foyer ou familles d'accueil. Toutes ces fugues ne sont pas qualifiées de «disparition inquiétante» par les enquêteurs, parce que la vie du jeune n'est pas nécessairement menacée. La police n'aura en effet pas la même réaction face à un adolescent de 17 ans, déjà autonome, parti de son propre chef et face à la disparition subite d'une fillette de 5 ans. 
Ainsi en 2014, 1077 disparitions inquiétantes de mineurs ont été signalées. Quand la police croit fermement à la fugue d'un adolescent, elle peut commencer par préconiser la patience, attendre que l'enfant revienne de lui-même. Selon JMB, le danger, pour les enquêteurs, est de poser un mauvais diagnostic. Si nous croyons à une fugue alors qu'un jeune est en réalité séquestré, nous pouvons perdre un temps précieux. Les enquêteurs ont ainsi pu estimé qu'en cas d'enlèvement, de séquestration ou de détournement, les premières 24 heures sont cruciales dans la survie de la victime. D'autant plus dans les cas d'enlèvements, le ravisseur peut avoir le temps de quitter notre pays ou, s'il s'agit d'un prédateur sexuel d'infliger des sévices à sa victime. 
La police diffuse généralement un appel à témoins, afin de retrouver la trace du mineur disparu. Les enquêteurs vont également passer beaucoup de temps avec les proches, qui sont les détenteurs les plus importants d'informations, poursuit Jean-Marc Bloch. Les proches nous donnent souvent bien davantage de clefs que les appels à témoins. Les enquêteurs peuvent ensuite procéder à des vérifications minutieuses de la zone de disparition, avec des hélicoptères avec caméras thermiques et des chiens dressés pour renifler l'odeur de la personne disparue. Le parquet pourra ensuite décider d'étendre la zone de recherche. La population peut être appelée en renfort. Au fur et à mesure du temps, les techniques de recherche vont évoluer. La fouille est plus approfondie, il s'agit de chercher derrière chaque buisson et dans chaque grotte, quand on est à la recherche éventuelle d'un corps.
À la répétition continue du mot "enlèvement" au détriment du terme neutre disparition dans les interviews et les déclarations des MC fait écho la même réitération dans les médias et à tout bout de champ par des journalistes qui n'en ont même pas conscience. La conséquence est que chaque fois qu'un lecteur voit ce mot, il pense à Madeleine. La contagion est telle qu'il devient rapidement impossible d'envisager l'affaire MC sans le prisme de ce mot. C'est précisément à ce moment-là que ce qui n'était qu'une hypothèse s'impose comme un fait établi.
La nature humaine – c'est la facette la plus intéressante du côté de l'opinion publique sur cette affaire. Les gens ont plus peur des requins que des vaches, indépendamment des statistiques. Il est logique de penser qu'il est hautement improbable que votre enfant disparaisse aujourd'hui. 

Les MC argumentent que 56% des enfants kidnappés sont retrouvés vivants. Mais c'est faire dire aux chiffres ce qu'ils ne disent pas. D'abord seulement 19% des enfants kidnappés appartiennent à la classe d'âge 0-5 ans. Ensuite les enfants kidnappés ne sont que 0, 014% des enfants disparus. Ensuite, parmi TOUS les enfants kidnappés, 40% sont tués, 4% sont morts mais non retrouvés, 32% sont retrouvés en mauvais état physique. Ensuite, et crucialement, 90% de ces kidnappings durent moins de 24 heures. Des 10% qui durent plus de 24 heures, seulement 4% sont sans solution après ce temps.
Stats US datées de 2002.
Généralement, quand on ne trouve pas un enfant dans les heures suivant sa disparition, on le retrouve mort dans les jours qui suivent. Dans l'affaire MC et moyennant l'argument-massue qu'on n'a précisément pas retrouvé de corps, on doit croire que Madeleine est vivante et qu'on ne lui a pas fait de mal. Il est vrai que dans la perspective d'une enfant attendant que l'on fasse quelque chose pour elle, l'inaction serait révoltante, mais ce n'a pas été le cas et il n'est pas juste de taire que jamais autant de moyens n'ont été déployés au Portugal pour retrouver un enfant. Les MC veulent que les gens pensent contre le bon sens. Quand les parents d'une enfant disparue disent de manière récurrente que rien n'indique qu'on lui ait fait du mal, que ressent-on ? De la pitié, de l'étonnement, de l'agacement ? Il est en tout cas difficile d'opiner.

Quels sont les membres du public qui recherchent activement Madeleine depuis plus de 12 ans ? Personne sans doute, même pas ses parents qui non seulement n'ont jamais sillonné le Portugal mais ont d'emblée cherché par procuration, en appelant le public à chercher. "Personne" ne signifie pas que les gens ne réagiraient pas s'ils voyaient une petite fille (à colobome ou non, brune ou blonde) mal traitée. Que l'on pense ou non que Madeleine est très probablement morte ne change rien. Si le comportement d'adultes vis-à-vis d'un enfant interpelle, qui ne réagira pas, que l'enfant ressemble ou non à Madeleine ?

Où l'on voit à quel point l'argument des MC "si on la croit morte on ne la cherche plus" est fallacieux. Si l'on aperçoit une fillette circulant en liberté, sans rien qui attire l'attention sinon une ressemblance avec Madeleine, va-t-on risquer de la perturber sous prétexte qu'elle pourrait être Madeleine ?



Enquête (criminelle)
Lorsqu'un enquêteur soupçonne un acte criminel concernant une personne disparue, il doit se concentrer sur la saisie des activités de routine de la victime.Rassembler les indices
De nombreux criminels s’efforcent de créer une illusion de distance dans le temps et de proximité physique de la dernière victime. L'élimination réussie du corps est une autre façon pour les délinquants de se détacher du crime. Plus la victime reste longtemps absente, plus grandes sont les chances de voir disparaître des indices importants. Les souvenirs deviennent vagues à mesure qu'ils perdent leur lien avec des événements précis, et les chronologies se révèlent plus abstraites. 

Ne pas accepter les coïncidences mais chercher les déviances par rapport aux comportements patrons (par exemple comparer la réaction des MC à la disparition à la réaction à la mort d'un enfant). Chercher aussi ce qui aurait dû se passer, mais n'est pas arrivé, comme dans Silver Blade de ACD (le chien qui n'a pas aboyé). 

Le succès de la plupart des enquêtes repose sur l’information fournie à l’enquêteur par les victimes, les témoins et les suspects. La quantité et la véracité de cette information sont de grande importance. L’objectif d’une audition est d’obtenir l’information la plus fiable et exacte possible. Pour ce faire, notamment, il faut recueillir les déclarations des témoins en étant capable de déterminer s’ils sont de bonne foi, s’ils ont tout dit et de détecter les fausses allégations.

Il n’est pas rare qu’une personne, après avoir fourni plusieurs versions différentes et suite aux contradictions qui lui sont progressivement présentées, soit contrainte à revoir continuellement ses positions. Elle se met dès lors à admettre  les faits ou alors elle persiste à les nier. Dans ce dernier cas et si l’enquête est bien réalisée, un juge de siège pourra se contenter de ces éléments pour se forger une intime conviction de l’implication du suspect.

Rappelons qu’un suspect a le droit de mentir et qu’il ne s’en prive généralement pas. Cela n’empêche toutefois pas l’enquêteur de le rendre attentif aux conséquences de son attitude et de son manque de coopération sur le déroulement des investigations. En agissant ainsi, l’enquêteur ne menace pas la personne concernée, mais fixe clairement les règles du jeu.
Les historiens ont été les premiers à poser le problème du témoignage. Les enquêteurs ont trop été occupés à établir leur autorité face aux pressions consulaires et médiatiques pour mettre à l'épreuve la narration des protagonistes. L'assurance inébranlable des MC, même s'ils étaient de bonne foi, ne garantissait nullement l'exactitude objective de  leur certitude intime que MMC avait été enlevée. 
Démasquer les leurres, déjouer les ressorts secrets et résoudre les énigmes.
4 grands principes en cas de disparition d'un enfant :


1. Aller le plus vite possible
Une disparition, c'est une course contre la montre. Avant même que la nature de la disparition ne se précise, les enquêteurs se mobilisent en nombre pour explorer toutes les pistes. Si la disparition est accidentelle, si l'enfant tombe dans un cours d'eau ou dans un ravin par exemple, plus le temps passe, plus ses forces s'amenuisent et plus sa vie est en danger. Dans le cas d'un enlèvement, c'est la même chose : chaque heure permet au ravisseur de se terrer davantage ou de s'éloigner, jusqu'à quitter le territoire national.
Ce sont des enquêtes très difficiles parce que nous n’avons pas d'éléments matériels ou de corps qui peuvent donner des indications sur le déroulé du crime. Il faut enquêter tous azimuts. Etre à l'affût de tout, très rapidement, remarque Jean-Marc Bloch. Nous avons l'habitude de dire que dans ce genre de disparitions d'enfants, les 48 premières heures sont décisives.
Le problème, c’est que les familles ne nous appellent pas tout de suite. Les proches commencent par tout remuer pour chercher eux-mêmes l’enfant, regrette un officier de gendarmerie, qui a déjà enquêté sur ce genre d'affaires. Mais en faisant ça, ils polluent la scène et perdent des éléments matériels importants pour l’enquête. Les témoins se dispersent. Ça fait perdre énormément de temps.
La phase de ratissage, opération qui a pour but de fouiller systématique d'une zone de terrain, est suivie par des recherches plus ciblées, au gré des orientations de l'enquête.


2. Mobiliser un maximum de moyens
Dès les premières heures, l'audition des témoins est menée en parallèle de recherches dites "matérielles". Gendarmes, policiers, marins, plongeurs et pompiers sont mobilisés pour organiser des battues, perquisitionner les habitations alentour ou survoler la zone en hélicoptère équipé de caméras thermiques, particulièrement utiles dans les zones boisées qui n'offrent que peu de visibilité. Sans oublier les chiens. Toutes les brigades, tous les services collaborent.

3. Recueillir un maximum de témoignages
L'alerte enlèvement n'est déclenchée que si toutes les conditions sont remplies pour activer ce dispositif. L'enlèvement doit être avéré, la victime doit être mineure, il doit y avoir une dangerosité immédiate pour la vie du mineur et des éléments de signalement à confier aux médias pour susciter des témoignages du public.
Dans l'affaire MC, il n'y avait ni suspect, ni éléments à donner au public à part le signalement de MMC, reste à tabler sur un appel à témoignages, largement relayé sur les réseaux sociaux.

4. Vérifier toutes les informations avec soin
Dans les affaires de disparition, les enquêteurs reçoivent un grand nombre de témoignages, parfois loufoques, de voyants et d'amateurs de pendules. Les enquêteurs sont contraints de vérifier chacun des signalements qu'ils reçoivent, aussi farfelus qu'ils puissent sembler. Rien n'indique qu'un témoin ne se cache pas derrière la voyance pour nous signaler de véritables éléments. Dans une enquête judiciaire, on ne prend jamais les médiums au sérieux. Seulement, on ne sait jamais si, derrière le témoignage d'un médium, pseudo-médium, ou cartomancien quelconque, il ne se cache pas une vraie information. Il arrive que, sous couvert du côté occulte, des personnes confient des choses.
"Il arrive qu'un médium raconte quelque chose de plausible"
Dans toutes les affaires de disparition, on reçoit énormément de sollicitations de ce genre. Il y a les médiums qui se manifestent auprès des services de police. Et ça prend du temps, on doit faire des vérifications… Ce qui ne veut pas dire qu'on les prend au sérieux. Mais dès l'instant où ce qui est raconté par quelqu'un, fut-il médium, paraît plausible et vérifiable, il est difficile de ne pas en tenir compte. Cela peut être purement fantaisiste, mais comment savoir si ce n'est pas un témoin qui se déguise?
Il y a aussi ceux qui se manifestent auprès des parents. Certains demandent de l'argent, d'autres non. Ils créent toujours une espèce d'espoir chez ceux qui ont perdu quelqu'un. C'est terrible. C'est même odieux de leur faire croire qu'ils vont trouver quelqu'un avec une carte ou une boule de cristal.

"Jamais la police n'a retrouvé quelqu'un grâce aux médiums"

Jamais la police n'a retrouvé une personne disparue sur la base "d'informations" de médiums. Il n'y a pas un seul exemple dans l'histoire de la police judiciaire ou de la gendarmerie. Ce sont tous des charlatans.

Et, sans aller jusqu'à dire qu'ils obstruent l'enquête, ils la surchargent parfois. Cela n'empêche pas les procédures de suivre un cours normal… Mais lorsque c'est un témoignage qui s'additionne à d'autres, de temps en temps on est obligés de les prendre en compte. Parfois, on se demande si c'est quelqu'un qui sait quelque chose, mais n'a pas envie de se dévoiler. Alors cette personne nous dit: "J'ai vu ça dans ma boule de cristal". C'est facile, et ça évite de révéler l'origine de l'information. Un peu comme pour un journaliste qui ne dévoile pas ses sources.
Les dossiers de disparition sont les plus complexes à traiter parce qu'il n'y a pas de corps, pas de scène de crime et pas d'éléments matériels pouvant être exploités par la police technique et scientifique. Les enquêteurs sont souvent dans le brouillard. On ne sait pas ce qui s'est passé, ni où et quand. On est dans le flou. On essaye d'imaginer toutes les hypothèses : un accident, une mauvaise rencontre, une fugue, un rapt par un prédateur sexuel. Il faut donc élargir le champ des investigations car la vie des jeunes victimes n'oriente souvent pas. Et plus la victime est jeune, plus c'est inquiétant.
Ces dossiers, bien que rares (2 à 4 chaque année), durent souvent dans le temps s'ils ne sont pas solutionnés dans le temps de l'enquête de flagrance, c'est-à-dire dans les 15 jours. A l'OCRVP (office central de la répression des violences aux personnes), les dossiers vivent jusqu'à ce que la justice dise d'arrêter. 
Les enquêteurs débutent par les auditions de toutes les personnes présentes au moment des faits et vont partir à la recherche des personnes qui se trouvaient à proximité du lieu de la disparition, en étudiant notamment la téléphonie. Des recherches et des fouilles sont également menées pour déterminer s'il s'agit d'un accident.
Les enquêteurs ont également recours aux chiens pour retrouver la trace de la victime. Si la trace est perdue sur un parking par exemple, on essaie d'identifier un véhicule. Les enquêteurs vérifient si des faits similaires ont eu lieu dans le secteur. A chaque disparition, la victime est inscrite au Fichier des personnes recherchées et son ADN recueilli, pour l'utiliser notamment en cas de découverte d'un corps. Mais au bout d'un moment, les investigations sont limitées et butent.
Toutes les hypothèses sont à l'étude avant d'être éliminées une à une. L'alerte-enlèvement n'est déclenchée que si elle remplit quatre conditions: l'enlèvement doit être avéré, la victime doit être mineure, il doit y avoir une dangerosité immédiate pour la vie du mineur et des éléments de signalement à confier aux médias pour susciter des témoignages du public.
Dans toutes les affaires de disparition, il est très important de lancer un appel à témoin et de médiatiser ces affaires. Les témoins n'ont pas toujours conscience de détenir l'élément qui va faire basculer l'enquête, or ils peuvent apporter un élément décisif voire la clé de l'énigme, parfois des années après.
A chaque affaire médiatisée, des personnes contactent les enquêteurs. Ils font part de leurs rêves, visions ou intuitions dans des lettres ou lors d'appels téléphoniques. Ils affirment savoir où se trouvent les personnes disparues.
Que répondent ces derniers aux médiums et radiesthésistes ? "Tout signalement est pris au sérieux. Tout ce qui est vérifiable est vérifié. Un appel reste un appel, aucun n'est pris à la légère", explique une source proche de l'enquête. Même si l'agacement compte tenu du temps perdu doit être grand.
On ne peut pas prendre le risque que dans six mois, on trouve un élément déterminant et que quelqu'un dise : 'Je l'avais dit aux enquêteurs !'
"On ne peut pas ne rien faire. On vérifie les endroits plausibles qu'on nous signale. C'est même un peu embêtant parce qu'on les rend quasiment crédibles", affirme à franceinfo Jean-Marc Bloch, ancien chef de la direction régionale de la police judiciaire à Versailles. "Pendant l'enquête, nous avons reçu des dizaines et des dizaines d'appels de voyants et d'amateurs de pendules", se remémore Jean-Marc Bloch. Il poursuit : "On vérifiait, en se disant 'on ne sait jamais'. Rien n'indique qu'un témoin ne se cache pas derrière la voyance pour nous signaler de véritables éléments."

"Il y a beaucoup de mythomanes et de charlatans", ce sont les propores médiums qui le disent !

De fait, "la plupart sont sincères dans leurs démarches", estime la source avertie dans la police judiciaire. Pour autant, aucun enquêteur n'a le souvenir d'affaire de disparition résolue grâce à un(e) médium.
On traite un dossier selon la technique de l'escargot, on part de ce qui parait le plus évident en élargissant le cercle vers le moins évident. 

Quand une enquête de type classique n'aboutit pas, il faut imaginer d'autres méthodes d'enquête, d'autres manières d'arriver à l'auteur des faits. Au lieu de partir des faits pour aboutir à un auteur, on part d'un postulat, on présuppose qu'il s'agit d'un crime, d'un enlèvement à caractère sexuel, on cible une population de délinquants sexuels déjà répertoriés, susceptibles d'avoir commis cet enlèvement pour des raisons géographiques, on les interpelle, on les entend, on vérifie leur emploi du temps.
Il est fréquent que les parents d'enfants disparus s'adressent au ravisseur. C'est une espèce de bouteille lancée à la mer, seulement les bouteilles arrivent rarement à destination.
De mémoire de flic JMB n'a jamais vu un ravisseur sortant du bois après avoir écouté un message de parents. En revanche ces appels peuvent susciter des témoignages, inciter les proches du ravisseur, les gens qui savent quelque chose à le dire, peut-être de façon détournée, anonyme, mais à se manifester auprès des services de police.
En matière de disparition, quand on ne découvre pas de corps, il est normal d'imaginer que la personne est encore en vie. C'est une question de croyance, alors que l'enquête criminelle n'est pas un amas de croyances, mais une recherche de preuves.
MMC a disparu depuis 12 ans, il n'existe aucun élément indiquant de quelle sorte de crime elle a été victime et même permettant de penser qu'elle est encore en vie.
On sait que les prédateurs sexuels agissent sous l'emprise d'une pulsion qu'ils satisfont rapidement, ensuite (dans les heures qui suivent, statistiquement) soit ils libèrent, soit ils font disparaître, car la victime est devenue un témoin gênant.
Il n'y a pas de crime parfait, seulement des enquêtes imparfaites. Est-on passé à côté de quelque chose ? Et comment le savoir ? Voilà ce qui hante les policiers.
Dans l'affaire MC il y a eu plus de journalistes que de flics. Enquête à l'envers, faux coups de théâtre communiqués à la terre entière pour montrer quoi ? 
Les enquêteurs, sous la direction du procureur général, rassemblent des éléments de preuve qui sont versés au dossier. Si une personne est accusée, c'est parce que les autorités pensent pouvoir utiliser ces éléments pour prouver sa culpabilité dans une cour de justice. De toute évidence, certains des éléments de preuve existent sous la forme de témoignages. Les déclarations des témoins sont donc pertinentes lors d'un procès.
On ne construit pas une enquête criminelle avec ce qui n'existe pas, mais avec ce qui existe. Le nombre de scénarios qui pourraient expliquer ce qui est arrivé n'a pas d'importance, parce qu'il n'y en a qu'un seul.

Passer juste à côté de la vérité sans la voir ou sans avoir su faire le bon geste au moment voulu. disséquer les causes. huit dossiers criminels élucidés sur dix. Ceux qui restent ne s'oublient jamais.

En particulier quand la victime est un enfant...
L'enquête portugaise a coûté 12 milhões de euros ou seja cerca de £10 milhões de libras.

até Julho de 2007 a investigação da PJ custou cerca de 4 milhões de euros, não se sabendo o valor exacto dos custos de averiguação das inúmeras pistas enviadas para o processo após o arquivamento até à reabertura em Outubro de 2013, nem desde esse período até ao dia de hoje.





Enquête sur la disparition de MMC
Compte tenu de l’information reçue des MC par les gendarmes puis par les OPJ, il n’est guère surprenant que l’enquête ait mal commencé.
La PJ savait qu'elle ne disposait d'aucune preuve tangible découlant des alertes des chiens, mais rien ne lui interdisait de formuler des hypothèses suscitées par ces alertes et d'autres preuves indirectes. Surtout que la thèse d'enlèvement n'avait absolument pour l'étayer.
Le scénario bâti à partir des hypothèses peut être faux, mais aucun autre ne le réfute et il est au moins aussi acceptable que l'enlèvement largement publicité par les MC mais dont ils n'ont jamais ne serait-ce qu'esquissé un modus operandi.
Comme l'a souligné la Cour d'appel : en faisant connaître non pas leur théorie squelettique (car le volet, la fenêtre, Tannerman etc. sont des éléments non prouvés), ils ont ouvert la porte à d'autres théories concurrentes.
L'ouverture du volet et de la fenêtre n'est pas la preuve matérielle de l'enlèvement par un tiers.
Les récits des protagonistes sont si confus qu'ils ne confirment pas grand chose hormis le fait qu'un groupe de personnes dînaient au restaurant Tapas. Par exemple, Jeremy W a vu Gerald MC entre 20.45 et 21.15. À ce point d'imprécision on se demande si son témoignage est productif ou contreproductif. La police britannique aurait pu l'aider en examinant avec lui un degré d'obscurité qui évoluait très rapidement.
Selon SY, ce pouvait être un enlèvement programmé... ou non. Madeleine pouvait être vivante quand elle a quitté l'appartement... ou non. Elle pourrait être encore vivante... ou non.
SY a enquêté sur quelques personnages hors normes ("les 3 ladrons"), mais ils n'ont été ni arrêtés ni accusés, donc ils peuvent ne rien avoir fait de mal... ou non. Kate MC a associé la disparition de Madeleine à d'autres crimes contre des enfants britanniques en Algarve, mais aucune plainte n'a été déposée, donc peut-être... ou non.
Indices ? Peut-être, le temps le dira. Des hypothèses ? Beaucoup. Des éléments probants ? Aucun.
On est loin de l'au-delà de tout doute qui gage l'innocence en common law.
Il n'y a pas suffisamment d'éléments matériels pour se prononcer sur le pourquoi et le comment de la disparition de MMC.
Les policiers ont une vaste expérience des relations avec des personnes qui profèrent des contre-vérités. En conséquence, ils se fondent sur des éléments probants et non sur ce que les gens leur disent. Rien n’indique que MMC ait été enlevée, malgré l’insistance de ses parents. Tout policier qui accepte sans vérification la parole d'un civil ne fait pas son travail.
L'impossibilité de rassembler les preuves nécessaires pour engager des poursuites ne dit rien sur la culpabilité ou l'innocence d'un suspect. Comme le crime n'a pas été identifié, le fait de parler de ravisseurs est un peu un bond en avant, je pense.


Erreur (judiciaire)
Elle fascine, fait peur, choque et occupe une place à part dans l’imagerie liée aux ­grandes affaires criminelles.
Les causes qui interviennent en amont sont les mêmes partout. Une enquête pas assez poussée, des auditions mal menées avec des aveux plus ou moins extorqués, des expertises insuffisamment fondées ou incomplètes. L’émotion suscitée par le crime ou le profil psychologique des protagonistes peut aussi jouer un rôle capital dans la formation de l’intime conviction du public,facile à manipuler.


Esprit (critique)
On ne critique pas les MC, on critique ce que les MC ont fait, naturellement. On a le droit de regarder les faits avec un esprit critique, c'est même la seule manière de les regarder sereinement. Cela interdit de construire des jugements moraux. Il y a un risque que les jumeaux trouvent leurs parents responsables puisque, tout le monde le clame, rien ne serait arrivé à leur sœur si leurs parents avaient été à la maison. La plupart des gens, comme Gonçalo Amaral, croient que ce qui est arrivé est dû au comportement irresponsable des MC. Il se pourrait qu'il ait manqué d'esprit critique.  
Déconstruire sans détruire.
L'esprit cynique a pour but de critiquer pour détruire et enfin de dominer alors que l'esprit critique a pour but de critiquer pour améliorer. L'un s'inscrit dans une logique de domination alors que l'autre est dans une logique de justice. L'une des dimensions de l'esprit critique n'est pas seulement d'avoir la capacité de refuser la vérité mais aussi, et c'est là où se trouve la nuance, d'avoir la capacité de l'accepter.Pour être en mesure d'accepter la vérité, il faut pouvoir l'analyser à travers un processus de déconstruction-reconstruction.




Ethnocentrisme

Dans la préface du Regard éloigné (1983), Claude Lévi-Strauss met en garde, invitant à ne pas confondre avec du racisme certaines attitudes ethnocentriques constituant des mécanismes de défense « normaux », voire « légitimes », de tout groupe culturel doté d’une identité collective :  
On doit reconnaître, écrit Lévi-Strauss, qui très tôt eut l’intime conviction que si on voulait comprendre l’homme, il fallait éviter de s’enfermer dans l’introspection ou se contenter de considérer une seule société - la nôtre, que cette diversité [des “sociétés humaines”] résulte pour une grande part du désir de chaque culture de s’opposer à celles qui l’environnent, de se distinguer d’elles, en un mot d’être soi.

Pour pouvoir rapprocher le lointain et éloigner le proche, l'observateur doit avoir un objectif à focale variable. Le lointain éclaire le proche, mais le proche peut aussi éclairer le lointain, ils s'éclairent mutuellement. Le problème est de trouver la juste distance.


Excuse
Les enfants ont tendance, afin d'excuser leur comportement, d'évoquer un comportement tout aussi mauvais ou pire chez les autres. Cela ne fonctionne jamais, bien sûr, parce que c'est leur comportement qui est examiné, pas celui de quelqu'un d'autre. D'où le cri des parents: "Je me fiche de ce que x fait, je parle de ce que tu as fait!"

Il y a ceux qui aimeraient qu'on oublie qu'un couple a laissé trois enfants seuls pendant cinq nuits dans un appartement non familier et non verrouillé. L'un des enfants a été enlevé et certains ont dit que la légèreté des parents devait être pardonnée, car leur punition dépassait de loin leur négligence. D'autres ont pensé à l'enfant, pas aux parents. À les croire elle avait été arrachée à son lit. Si cela est vrai, alors qui sait ce qu'elle a souffert? Qui sait si elle souffre encore? Aucune faute à pardonner, aucune punition à évaluer.