Grâce à la liberté dans les communications, des groupes d’hommes de même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées.
Friedrich Nietzsche (Fragments posthumes XIII-883)

D



Dangers (domestiques)
Déni (de réalité) et affabulation

Déni (le mécanisme du)
Déposition (en général)
Déontologie

Désastre (judiciaire)
Deuil
Deux poids, deux mesures
Diable
Dieu
Dilemne (faux)
Disparition (constat)
Disparition (de mineur)
Dommages
Drame

Droit (au silence)




Dangers (domestiques)
L'appartement contenait tous les dangers présents dans une maison et une véranda sans hauts garde-fous, accessible aux enfants s'ils se réveillaient. Les enfants trouvent très rapidement quelque chose de dangereux à toucher ou à ne pas faire.
Kate McCann semble avoir eu une certaine conscience de cela car elle dit qu'avant de sortir, elle mettait les médicaments dans un sac muni d'une pince dans sa chambre, dans le placard ou la commode.
Mais elle n'a pas pensé à la cuisine toutefois, où il y avait des objets contondants et coupants.
Aucun des parents n'a remarqué le danger de la véranda pour les enfants.
C'est contre-intuitif de laisser ses enfants seuls. C'est contre l'instinct des parents de laisser un enfant hors portée de voix.

Déni (de réalité) et affabulation

Dans son fonctionnement comme dans son expression le déni diffère beaucoup du mensonge. Le déni est complexe car il n'exclut qu'une partie de la réalité objective. Il diffère de la reconstruction délirante comme de l'invention mensongère. Le déni porte sur la perception même de l'existence de ressentis initiaux et repose sur le clivage du Moi, il est le produit d'une construction psychique. Il est un mécanisme défensif, il exclut pour ignorer. Le déni rejette une réalité externe trop crue, douloureuse et traumatique qui ne peut advenir comme représentation. Le mécanisme du déni barre l'accès pour maintenir au-dehors. Le déni est source de destructivité. Le déni est un fonctionnement psychique et non un crime ou un délit. Il ne constitue une circonstance atténuante ou aggravante que s'il a des incidences, avérées par les experts, sur le discernement de l'accusé au moment des faits. Il est un mécanisme de défense issue d'une souffrance psychique intense qui ronge discrètement. Nous n'avons pas de contrôle absolu sur notre vie, alors autant accepter l'idée d'être souvent agis à notre insu, dans nos actes, nos pensées et nos paroles. Affirmer que l'inconscient n'existe pas, parce qu'il nous dérange et nous échappe, est le mécanisme même du déni.

Le déni de réalité, comme la foi, est capable de soulever les montagnes : retourner un fait comme une crêpe, rendre les contraires compatibles, abolir les responsabilités. Grâce au déni un tir dans le dos peut être mis sur le compte du courage.
Peut-être aurait-il été bien mieux pour eux s'ils avaient été accusés. De toute évidence, il y aurait eu non-lieu, faute de preuve matérielle, et ils seraient repartis propres et aptes à poursuivre leurs recherches sans avoir à payer les services coûteux d'avocats et de relations publiques. Dans l’état actuel des choses, il semblerait qu’ils soient condamnés à perpétuité aux soupçons du public.

Mais qu’importe le réel, la vérité, ou la morale puisqu’il ne s’agit en fait, en congédiant le réel, que de se donner bonne conscience à peu de frais. Foin de la réalité, chaque argument qui tente d’y ramener, est immédiatement contré par des raisonnements qui n’ont rien à envier au complotisme le plus obtus. 

Don Quichotte est un homme qui, ayant lu trop de romans de chevalerie, décide que la fiction qu'ils racontent est plus vraie que le monde qui l'entoure. En ce sens il est l'archétype de l'homme qui prend ses désirs pour des réalités. Et, lorsque la réalité le fait chuter, loin de reconnaître son erreur et de réaliser que la réalité a eu lieu, il évoque l'"enchantement" jeté par quelque puissant mage sur le pauvre peuple ignorant, ou encore une "machination" montée contre lui.
Il arrive que le réel soit affreusement difficile à supporter. Il arrive qu'il vous colle à la peau, qu'on n'arrive pas à le maintenir à distance, qu'il soit comme un grand vide menaçant de vous absorber. La tentation est grande alors de se dire qu'il n'est qu'un leurre, que la réalité est ailleurs, que ce qui est ne doit pas être, que le réel n'a pas eu lieu. Il suffit de parler pour commencer à voir le réel se déformer, se distordre, se déliter. Peu à peu les mots s'imposent, les mots font les choses, l'idée prend le pas sur l'événement, avec une idée on peut tout faire alors que le réel résiste.  
Peu importe qu'une chose ait eu lieu, ce qui importe seulement, c’est que les autorités compétentes déclarent que cette chose a eu lieu, parce que si elles le font, alors cette chose a eu lieu, même si elle ne s'est pas produite
Quant à la vérité… la connaître, la re-connaître tue, d’où mille stratagèmes inventés pour la maquiller, ne surtout pas la regarder en face, cette vérité dure qui finit toujours par faire la loi, même si le mensonge prévalait plus souvent qu'à son tour.
Il est de la nature du dénégateur Don Quichotte de voir ce qu'il croit, là où Sancho ou Thomas se contentent de croire ce qu'ils voient.

Voyant ce qu'il croyait, DQ a cru ce qu'il voyait, puisqu'on ne peut désirer et ne pas croire en la vérité de son désir. Il a pris son désir pour la réalité, et cette réalité est devenue son désir.

La dénégation comme mécanisme de défense pour écarter l'insupportable. Le déni, la fiction sécurisent alors que l'interrogation et la vue du réel tel qu'il est inquiètent.


Déni (le mécanisme du)
Le déni vise à protéger son auteur d’une réalité perçue comme dangereuse et destructrice. Dans une logique de survie face à un drame, le clivage de la réalité assure la sauvegarde du moi. S’il protège du basculement dans la folie, ce mécanisme a néanmoins des incidences psychopathologiques, médico-légales et relationnelles majeures telles que l’impossible accès au deuil et la condamnation à l'ignorance de soi-même.




Déposition (en général) 
Dans le système légal portugais les dépositions ne servent qu'à l'enquête et les aveux eux-mêmes sont sans valeur pour la Cour où seules les dépositions faites au cours du procès ont valeur de preuve.
Il n'y eut guère d'homogénéité dans les auditions des TP, certains témoins (comme Kate MC et le couple WP) n'ayant déposé qu'une fois. Une deuxième audition n'était pas sans intérêt puisque entre-temps avait été remise aux policiers une troisième ligne de temps, élaborée et signée par les neuf membres du groupe, et que certains points des dépositions sont en contradiction avec la ligne de temps consensuelle. Le type de déposition est "ouvert", le témoin parle d'abondance, on peut éventuellement lui faire préciser des détails, mais il n'est pas relancé sur ce qu'il a dit.
Stricto senso, les dépositions des MC, en particulier, pèchent par leurs affirmations à propos de ce que d'autres ont fait – connaissancepar oui dire et non directe. Ces affirmations servent naturellement la version des faits proposée par les MC.  Il n'a pas échappé au PGR que sur de longs passages les dépositions de Gerald et de Kate sont du copier-coller, l'emploi des mêmes mots et tournures pouvant s'expliquer aussi par le fait qu'ils ont eu la même interprète. Il semble toutefois qu'ils ont décidé ensemble de ce qu'ils allaient dire. Gerald ayant assisté à la déposition de Kate a pu corriger les bévues de sa première déposition lors de la seconde audition.
Faire la part de la vérité au milieu de la confusion produite par ces non-vérités, semi-vérités et collusions d'intérêts est une tâche d'autant plus insurmontable que la voie est plus que froide. Mais il importe d'avoir à l'esprit que ces informations étaient cruciales pour suivre le plus adéquatement possible la trace de l'enfant dans les premiers jours.
La lecture des PJFiles oblige à remettre en question les méthodes d’investigation de la police. Ainsi de l'épisode ou JT est cachée dans un van, initiative suggérée par un PO britannique, qui n'est pas mentionné dans le dossier parce qu'il est en fait illégal (dans tout tapissage, les sujets observés doivent savoir qu'ils le sont). 
Les dépositions, faites en anglais puis traduites et transposées au style indirect en condensant, sont dénuées d'impressions, de sentiments, d'hésitations, de répétitions,d'intonations inattendues, de cassures de la voix, d'intensité sonore soudaine, etc.

Déontologie
Qui n'a pas, au moins une fois dans sa vie, observé la réaction de médecins au récit d'une faute d'un médecin (inconnu d'eux) . Ils semblent tous formés ou plutôt formatés à présenter un front uni.


Désastre (judiciaire)

Quand des affaires sont instrumentalisées d’emblée par des pouvoirs constitués et antagonistes, des avocats désireux de notoriété surmédiatisées et entravées par des journalistes seulement soucieux d'augmenter les tirages en alimentant l'opinion publique, tous sans considération pour le travail, souvent colossal, des enquêteurs, le désastre judiciaire est n'est pas loin. En attestent l'affaire Dominici, l’affaire Grégory et bien d‘autres condamnées à n'être jamais élucidées, moins faute de preuves qu’en raison en premier lieu du non respect du secret de l’instruction à tous les niveaux, celle-ci devant se dérouler à charge et à décharge de bout en bout, indépendamment du statut social et de la nationalité des protagonistes. 

Lorsque qu'un cold case est en fait une affaire qui n'a jamais été classée, comme l'affaire MC, mais s'éternise d'atermoiement en atermoiement sans raison objective ni élément nouveau, comme si on espérait (y croient-ils ?) l'oubli du public à condition que l'enquête soit enterrée très discrètement sans piper mot d'un échec cuisant qui, vrai, signe non pas une incompétence mais un entêtement à ne pas vouloir prendre le taureau par les cornes.



Deuil 

Les photos des MC sortant de l'église de PDL, radieux, le jour de l'anniversaire de MMC ont fait couler beaucoup d'encre. Toutefois une chose est de perdre un enfant que la mort vous prend, une autre de perdre un enfant qui a disparu. Dans le premier cas on est censé faire ce que, depuis Freud, on appelle le "travail de deuil". Dans le second, cela est impossible. Non seulement on ne peut être en deuil, mais le plus insupportable hante votre imagination.

Il y a dans l'affaire MC une certaine tendance à imaginer Madeleine adoptée par des gens ayant toujours rêvé d'avoir un enfant blond aux yeux bleus et trop primaires pour voir que sa famille britannique est ce qu'il y a de mieux pour elle. Elle leur serait comme tombée du ciel en quelque sorte.

Deux poids deux mesures

GA pose comme conclusion (provisoire) une mort que rien ne prouve et est intimé de se taire. Les MC posent comme fait un enlèvement que rien ne prouve, mais ne sont pas intimés de se taire. L'une et l'autre affirmation bafouent le rapport du PGR qui laisse les conclusions ouvertes (même si la mort est le plus probable).

Diable
Il niche dans les détails, comme chacun sait. C'est dire que chaque indice compte, que l'insignifiant pourrait ne pas l'être, que la moindre négligence est périlleuse, que le réel a d'infinies exigences, qu'il résiste et qu'à le prendre à la légère on risque de se casser les dents. Le diable est ce qui pervertit, brouille, ravit, dissipe, disperse, détourne, subvertit, obligeant à faire et à défaire inlassablement. La justesse, la précision, l'acuité sont donc capitales lorsqu'on élabore une hypothèse. Le discrédit (le diable ?) menace à toute inattention. Ainsi – c'est un exemple –, selon une déclaration de Sky News, la nouvelle de la disparition de MM est parvenue vers 8h, le matin suivant, à travers quelque ami ou membre de la famille. Or l'"opinion" a voulu (et, bien ancrée, veut encore) que les chaînes TV aient été alertées avant la police. Il est vrai que la police a été avertie exceptionnellement tard, mais il est vrai aussi que ni les parents, si convaincus de l'enlèvement, ni les TP, pourtant tous munis d'un téléphone cellulaire, n'ont appelé la police. C'est le gérant de l'OC qui a pris cette initiative.
Détournement d'attention. Ruse du diable ? 

Dieu 

KMC n'a absolument jamais blâmé Dieu pour ce qui est arrivé et considère que Dieu est hors de cause dans la disparition de Madeleine. Bien que Dieu n'ait rien à voir dans tout ça, elle est parfois fâchée avec lui en raison des souffrances supplémentaires (probablement les rumeurs) qui "accablent les siens à un moment si douloureux et se demande pourquoi il n'a pas intercédé contré tout cela. 
(KMC, BBC Radio, 14.03.2010)

KMC, apprend-on à l'orée de ce show émotionnel, prie pour les gens qui ont pris Madeleine, les gens qui savent ce qui est arrivé à Madeleine et les gens liés à la personne qui pris Madeleine. Altruisme, héroïsme ou pragmatisme ? Où l'on passe du spectacle à la confidence, un abîme où l'imagination est requise. Mais la police et ceux qui cherchent Madeleine ne sont pas de reste, qu'ils le croient ou non, car Kate prie pour eux. Et il n'est pas exclu qu'elle prie un jour pour le ravisseur et les siens.

L'Église songerait-elle à donner à Marie, autre mère dépossédée de son enfant, les traits de la belle Kate pour mieux propager la "bonne nouvelle" ? 
Comment interpréter que non seulement la clef de l'église de PDL mais aussi celle de l'église de Rothley aient été confiées à Kate MC qui, parce qu'évidemment il n'y a personne, peut exprimer tout ce qu'elle a dans le cœur. Voir "clef"
Combien d'ouailles vont désirer ces symboles de l'effacement des limites entre communauté et famille, entre sphère publique et sphère privée, pour laisser aller, eux aussi, sous le seul œil divin, tout ce qui leur pèse et les dérange ?

Avoir la foi est bien, mais avoir l'église pour soi tout seul est encore mieux.


Dilemme (faux)
Placer quelqu’un face à un faux dilemme consiste à limiter le nombre des choix qui lui sont offerts. 
X ayant disparu d'un certain lieu fermé, Y prétend qu'on l'a enlevé tout en excluant que X ait quitté ce lieu de son plein gré. S'il s'avère finalement qu’aucun intrus n'a pu pénétrer dans le lieu où se trouvait X, qu’en déduit-on ? Que X est sorti tout seul ? C'est logique. 
Cette possibilité toutefois ayant été exclue, le soupçon se met à peser sur Y. Pourquoi ne pas avoir dit la vérité ? Si Y a nié que X ait pu sortir de son plein gré, Y devait avoir quelque chose à y gagner.
Finalement, à force de se demander pourquoi Y a tenté d’imposer la thèse de l’enlèvement, on en vient à soupçonner Y du pire. Plusieurs hypothèses pouvaient expliquer la disparition de Madeleine. Se limiter à l'une d'elles a eu des conséquences désastreuses, et pas seulement pour MMC.
Il y avait peut-être quelque chose à gagner effectivement avec la thèse de l'enlèvement. Mais ce quelque chose-là peut ne pas avoir été l'alibi d'un homicide involontaire.



Disparition (constat) 

Vous entrez, le soir, dans un appartement situé au rez-de-chaussée où vous avez laissé vos enfants endormis. Vous n'aviez pas verrouillé la porte principale mais on ne peut l'ouvrir de l'extérieur qu'avec une clef, vous aviez laissé légèrement ouverte la porte-fenêtre donnant sur la terrasse d'où un petit escalier mène à un patio séparé de la rue par une grille non fermée à clef. Un de vos enfants n'est plus dans son lit. À quoi pensez-vous immédiatement ?

– Version A (la fenêtre, le volet, le rideau de la chambre des enfants, toujours fermés, sont ouverts).

Vous n'hésitez pas, la preuve d'effraction est là : quelque intrus aura emporté votre enfant. Allez-vous chercher dans l'appartement au cas où votre enfant se serait caché ? Non, il n'y a pas de temps à perdre, il faut lancer l'alarme au plus vite. Courez-vous vers le restaurant d'où vous veniez et où sont vos amis, à une cinquantaine de mètres ? Non, l'horreur commence à vous envahir, sans ménager vos poumons vous hurlez "au secours" de la terrasse d'où l'on aperçoit l'esplanade, illuminée, à travers la végétation. Quel parent, face au rapt d'un de ses enfants, prendrait le risque de laisser les autres à la merci d'un ravisseur peut-être encore dans les parages en allant chercher du secours ?

– Version B (la fenêtre, le volet, le rideau de la chambre des enfants, toujours fermés, le sont encore)

Vous pensez que l'enfant qui n'est plus dans son lit est allée dormir dans le vôtre, comme cela arrive de temps en temps. Mais comme elle n'y est pas, vous vous mettez à chercher partout. En vain. L'angoisse vous saisit à la gorge : serait-elle sortie de l'appartement ? Par la porte non verrouillée (mais non ouvrable sans clef de l'extérieur) ou la porte-fenêtre coulissante donnant sur la terrasse ? Vous ne pouvez chercher dehors tout seul, vous appelez à l'aide, vous criez de la terrasse, peu importe ou plutôt tant mieux si vous réveillez les voisins.

On voit l'importance cruciale du détail "fenêtre/volet/rideau ouverts ou fermés" (voir fenêtre)

On voit aussi combien il serait important pour la résolution du mystère de connaître les faits et gestes de Kate MC à partir du moment où elle s'est aperçue que Madeleine n'était plus là. C'était la première des 48 questions auxquelles elle a refusé de répondre.



Disparition (de mineur) 

Malgré les chiffres qui, de temps à autre, surgissent sur les pages des journaux, cette question est si complexe et comporte tant de facettes que nous n'avons toujours pas, en 2010, de statistiques détaillées et fiables couvrant au moins l'ensemble de l'Union européenne. Dans le meilleur des cas, certaines données sont disponibles à l'échelle nationale. À titre d'exemple, en 2005, selon les rapports de police, 1850 mineurs ont disparu en Italie et 1022 en Belgique et au RU, 4802 dossiers ont été ouverts en 2007.

Selon l'organisme indépendant PACT ( Parent and Abducted Children Together), un enfant disparaît toutes les cinq minutes au R-U. La majorité d’entre eux sont retrouvés dans les jours, les heures voire les minutes qui suivent. Une minorité, une cinquantaine par an, restent introuvables. Les chiffres, qui incluent fugues, enlèvements parentaux et familiaux, disparitions par accident et kidnappings, auraient doublé en une décennie. Dans la majorité des cas, l’enfant est une fille âgée en moyenne de 10 ans.

Au RU, le citoyen moyen est détecté par une caméra de surveillance environ 14 fois par jour. Là et ailleurs en Europe il est plus facile de voler un enfant qu'une voiture tant sont grandes les possibilités d'interception sur les routes avec vérification informatique de la plaque d'immatriculation. Selon Alan Blackburn du PNMPB (Police National Missing Persons Bureau), "il faut quatorze jours pour qu'un cas soit considéré comme sérieux et étiqueté "disparition à long terme". On imagine que c'est une moyenne et que certains cas apparaissent d'emblée et sans ambiguïté comme des rapts. Il n'y a pas de statistiques d'enfants égarés après être sortis de chez eux que des tiers aurait recueillis ou se seraient appropriés.

La pédophilie est devenue le grand méchant loup. Selon des données émanant d'organismes fournisseurs de cartes de crédit, plus de 250 mille Britanniques auraient accédé à des sites de pornographie infantile. Boîte de Pandore ? Opacité politiquement correcte ? Principe de précaution ?


Dommages

Comment peut-on jauger si un livre a empêché des témoins de se manifester ? Le fait que personne ne se présente avec un indice pouvant mener à Madeleine prouve-t-il que le livre est un empêcheur de se présenter en rond ou que personne ne détient un tel indice ? Le dernier détective privé engagé par les MC a déclaré que Madeleine se trouvait dans une tanière perdue au milieu d'une étendue sauvage dans un rayon d'une quinzaine de km de PDL. Une position aussi catégorique convainc plus sûrement que le mystère est pratiquement résolu plutôt qu'elle n'incite à libérer sa conscience. En tout cas le reste de la planète, se le tenant pour dit, cesserait d'apercevoir Madeleine MC partout.
Or il n'en est rien et chaque nouveau portrait-robot publié déclenche une cascade d'appels. Comment les MC savent-ils que ces appels proviennent de gens qui n'ont pas lu le livre de GA ? Quelqu'un découvrant, par hasard, un indice de vie se tairait-il uniquement parce que le livre de GA envisage la mort de Madeleine comme probable ?
Si j'accuse X de A et puis me prends à ajouter B, C, D etc. Si B, C, D etc. sont réfutés, la plupart des gens penseront que X doit être innocent de A.
Si quelqu'un m'accuse de A, et si alors je dis que pour que ce soit vrai il faut aussi que je sois coupable de B, C, D etc., et ensuite démontre la fausseté de B, C, D etc. sauf A, je me déclare innocent par défaut.
On voit beaucoup de raisonnements de ce genre dans les déclarations des MC préparées par leur spin doctor. On ne peut pas dire qu'ils mentent, mais ils semblent éviter de répondre à la question posée.
Ils se sont d'abord lentement, mais sûrement, habitués à la réalité qu'ils étaient en train de construire. L'un des avantages était qu'ainsi ils ne pensaient pas trop à la mort de Madeleine, les médias les entouraient et il fallait leur faire face.
Quand ils ont commencé à réaliser que leur narration d'enlèvement était sans issue, ils se sont assurés d'un bouc émissaire qui leur permettrait de respirer en paix. Gonçalo Amaral, avec l'affaire Joana sur les épaules, fut une grande opportunité. 
Les ennuis arrivèrent quand le livre de GA traversa les frontières portugaises, car il développait une théorie complètement opposée à la leur : pas vivante, mais morte. Les MC se projetèrent dans l'avenir et se demandèrent ce que les jumeaux, une fois adolescents, allaient penser. Que répondraient-ils s'ils leur demandaient "Madeleine serait-elle encore avec nous si nous n'avions pas été laissés seuls ?" ? Peut-être, mais pas sûrement, car le ravisseur aurait pu entrer quand nous étions tous en train de dormir... Leur innocence devait donc être très solidement établie et pour ce faire il fallait faire taire GA définitivement.


Drame

Les MC se sont disputés. Kate n'avait probablement pas aimé que Gerald invite à leur table la pulpeuse dame du quiz. Le fait est qu'elle quitta le restaurant et téléphona de l'appartement à une amie pendant une vingtaine de minutes. Elle retourna ensuite au restaurant, vers 22h30. C'est alors que, selon Pamela F, une enfant commença à pleurer. La voix de sa mère avait-elle réveillé Madeleine ? Madeleine pleura et appela son père en vain, elle avait sûrement vu que ses parents n'étaient pas là. S'endormait-elle dans le lit de ses parents ? Si elle était dans son lit, elle s'était sûrement levée pour aller se réfugier dans la chambre des parents.
Il est probable que c'est la dispute, prolongée le lendemain et expliquant pourquoi Kate avait dormi dans la chambre des enfants, qui a motivé l'effacement des conversations de la mémoire du téléphone cellulaire. 


Droit au silence

Le droit au silence peut être considéré comme un droit d’importation, directement inspiré de la procédure accusatoire américaine reposant sur l'égalité des positions de l'accusation et de la défense. Sa justification est moins évidente dans un système inquisitoire où enquête préliminaire et instruction se font à charge et à décharge. Cette situation explique pourquoi son implantation durable dans notre système juridique a été difficile. La pression constante de la Cour européenne des droits de l'homme, qui le considère comme un élément du droit au procès équitable, a joué un rôle important. Le Conseil constitutionnel, dans une décision rendue sur QPC le 30 juillet 2010 a également considéré qu'il faisait partie des droits de la défense et s'imposait dès le début de la garde à vue. L'article 63-1 du code de procédure pénale confère donc à la personne placée en garde à vue "le droit, lors des auditions (...) de faire des déclarations, de répondre aux questions posées ou de se taire".
L'avocat de Kate MC a sans doute trop insisté sur les bienfaits du droit au silence, sans en peser le coût pour l'investigation sur la disparition de la fille de sa cliente; comme si il avait pensé que cette dernière avait quelque chose à se reprocher.