Grâce à la liberté dans les communications, des groupes d’hommes de même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées.
Friedrich Nietzsche (Fragments posthumes XIII-883)

P




Panique et culpabilité
Parents/enfants

Parents (d'enfant disparu)
Parole et pensée
Performatif

Porte (ouverte ou fermée ou verrouillée)
Porte (hantée)
Portrait-robot
PPPP (prétendu plaisir pervers du prédateur)

Préjugé
Preuve (la charge de la) : renversement
Preuve et culpabilité 

Preuve directe vs preuve circonstancielle
Procédure inquisitoire (v. Common Law)

Publicité (du crime)


 
Panique et culpabilité
Vous partez en vacances à l'étranger et un enfant a un accident mortel. Grâce à votre profession, vous savez à quel point les autorités de votre pays sanctionnent le manque de surveillance des enfants, mais vous ne savez pas ce qu'il en est dans le pays où vous vous trouvez.

Vous venez d'un milieu modeste, vous vous êtes battu pour être là où vous êtes professionnellement, vous tenez à votre style de vie et à votre famille, vous craignez que ce que vous avez conquis ne soit pulvérisé par une accusation  de négligence envers un enfant .

Il n'a pas été facile de concevoir vos enfants et vous les adorez. Vous savez que des enfants laissés seuls dans des situations similaires ont été retirés de la garde de leurs parents dans votre propre pays. Et si  le pays où vous êtes en vacances faisait de même ?

Il est facile de voir comment quiconque se trouvant dans une telle situation pourrait s'affoler et faire un choix aberrant qu'il aurait probablement rejeté avec le temps et en prenant du recul.

Parents/enfants
On forme sur les parents en général toutes sortes de suppositions. En réalité, tous les parents ne correspondent pas à ces hypothèses. Tous les parents ne créent pas de liens, ne font pas preuve d'empathie ou ne font pas passer leurs enfants en premier, même s'ils le disent.
On ne sait presque rien des relations des MC avec leurs enfants. Ce que l’on sait, c’est qu'elles avaient lieu lorsque les crèches n'étaient pas disponibles, sauf en une occasion que personne n'a semblé apprécier. L'attitude des parents est révélée par le fait qu’ils considéraient acceptable de laisser leurs enfants sans surveillance permanente tous les soirs.
Parents (d'enfant disparu)
Il est difficile pour les policiers en charge de la disparition d’un enfant de ne pas se laisser envahir par l'empathie devant des parents désespérés. Comment rester objectif et s'abstenir de se former une opinion face aux pleurs des parents ? Il n'est pas rare que des parents suppliant, par médias interposés, qu'on les aide à chercher l'enfant qu'on leur a enlevé, l'ont en fait enterré ou savent ce qui lui est arrivé.

Discriminer entre parents innocents et parents coupables est d'autant plus difficile que les seconds sont probablement malheureux aussi. Il faut savoir y faire, car le déni est firme et indigné. La technique souvent consiste à laisser les parents en liberté et à les placer sous écoute. Entretemps l'urgence, la priorité est de retrouver l'enfant vivant et la hantise est de manquer une chance de le sauver, d'arriver trop tard. Pendant un temps raisonnable, douze jours et un. Puis vient le temps des analyses de témoignages, des résultats de la police scientifique, des recoupements, des surveillances et de l'examen des écoutes.

Parole et pensée
 La phrase de Talleyrand "la parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée" illustre remarquable l'utilisation du langage faite par les MC dans l'intention d'éviter un discours direct qui aurait pu renvoyer d'eux une image négative. Ainsi ont-ils prononcé des phrases alambiquées, devant les caméras et donc gravées dans le marbre, comme celle-ci, passablement absurde : nous regrettons de ne pas avoir été là au moment où Madeleine a été prise, afin d'éviter la phrase beaucoup plus lucide et honnête : nous regrettons de l'avoir laissée seule.

Ils tentent d'atténuer un comportement qu'ils savent irresponsable en exprimant le regret de ce qu'ils n'ont pas fait au lieu d'être désolés de ce qu'ils ont fait.
Ils ont martelé dans les médias le mot "enlèvement" afin qu'il soit employé aussi souvent que possible

Performatif
How to do Things with Words (Quand dire, c'est faire)
De nombreux énoncés, tels les questions ou les ordres, échappent à la problématique du vrai et du faux car ils ne décrivent pas la réalité. À travers l'énonciation, un certain type d'acte s'accomplit.

L'énoncé performatif s'oppose donc à l'énoncé constatif qui rapporte un fait, décrit simplement une action dont l'exécution est, par ailleurs, indépendante de l'énonciation : dire « J'ouvre la fenêtre » ne réalise pas, ipso facto, l'ouverture de la fenêtre, mais décrit une action. L'énonciation est une affirmation (vraie ou fausse), qui constate mais ne fait rien. Entre l'énonciation performative et l'énonciation constative il existe toute la gamme des énonciations mixtes, le performatif et le constatif ne sont que deux pôles de l'acte de parole.

Différencier trois types d'actes de paroles visant à "faire quelque chose" en parlant :

- La simple «locution» consiste à émettre une suite de sons auxquels est attachée une signification dans une langue donnée. 
- l'illocution (comment l'acte de parole est reçu par le destinataire)

- la perlocution (obtention de certains effets concrets ou conséquences au moyen de la parole)



La réussite des énoncés performatifs (qu'ils fassent vraiment quelque chose) suppose certaines conditions et des circonstances précises et appropriées  : seul le président devant l'assemblée réunie peut dire avec effet « Je déclare la séance ouverte »

Bien entendu, l'accomplissement visé par l'énonciation performative exige souvent le concours d'autres éléments que les paroles elles-mêmes. Le contexte de l'énonciation, particulièrement, est primordial, tout autant que la personne de l'énonciateur. Le statut du locuteur importe puisque c'est grâce son statut particulier qu'il parvient à créer des effets avec son énoncé.


auto-référent : n'a d'autre référent que sa profération


Porte (ouverte ou fermée ou verrouillée)

Personne ne sait avec certitude quelles portes (de l'appartement 5A) ont été laissées ouvertes et pourquoi. Laisser la porte du patio (légèrement afin de pouvoir la faire glisser) ouverte tout en fermant la barrière de sécurité pour enfants n'a aucun sens, puisque cette dernière ne barre que le chemin que d'enfants de moins de deux ans, par ailleurs incapables de s'extraire de leurs lits.


Porte (hantée)
ou ce qu'on voudrait faire croire.

Le ravisseur est le premier à avoir ouvert cette porte quand il est entré dans la chambre des enfants. Il aurait alors entendu Gerald MC entrer par la porte du patio et se serait caché derrière cette porte dont Gerald remarque qu'elle est "trop ouverte", sans s'interroger très longtemps sur cette étrangeté car, parcourant la chambre des yeux, il voit sa fille dormir dans la même position que lorsqu'ils sont partis à 20h30, elle n'a donc pas bougé, la question de qui ou quoi a déplacé la porte n'en est plus une, il sort en ramenant la porte à la position entrebâillée.
Le ravisseur sédate les enfants qui dorment, ouvre le volet et la fenêtre (fausse piste ?), saisit Madeleine, laisse la porte de la chambre à nouveau "trop ouverte" et est sort par la porte d'entrée.

Matthew MO voit la porte des enfants grande ouverte vers 21:30, ce qui lui a permis de vérifier de loin que tout était tranquille.

Comme Gerald avait laissé la porte entrebâillée, on en déduit que le ravisseur a opéré entre sa sortie et le passage de Matthew

Comme, par ailleurs, Jane TB a vu le ravisseur au moment où elle voyait aussi Gerald bavarder dans la rue avec Jeremy W, le créneau pour le moment de l'enlèvement est très étroit. Si étroit qu'on peut même se demander s'il existe même.



Portrait-robot

Dans l'immense majorité des cas le portrait-robot est très approximatif. Élaboré à partir de témoignages, il peut conduire les enquêteurs sur une fausse piste. Le témoin, qui a en tête une image floue, produit environ 50% d'erreurs, ce qui rend difficile une reconnaissance. Sa publication peut se révéler une erreur fatale dans une enquête. Il y a toujours le risque que, à défaut du reste du monde, le suspect se reconnaisse ou pense qu'on va le reconnaître et prenne la fuite ou change drastiquement d'aspect physique. Le portrait-robot peut avoir un intérêt quand le suspect possède un trait distinctif manifeste, comme un cicatrice ou une barbe


Post-vérité

Ce n'est pas un euphémisme pour éviter l'odieux "mensonge", c'est une technique de communication consistant à habiller la réalité pour la rendre plus défendable.



PPPP (prétendu plaisir pervers du prédateur)
Les parents ont prétendu à plusieurs reprises (voir Oprah) qu'on les avait mis en garde contre l'expression en public de leurs sentiments. Dans "Madeleine" Kate MC rapporte que des experts de la police britannique lui avaient recommandé de montrer le moins d'émotion possible lors des conférences de presse, parce que le ravisseur pourrait en tirer un plaisir pervers. KMC est horrifiée à l'idée de mettre en péril la sécurité de sa fille en révélant ses émotions. Mais comment ? Un ravisseur mu par une vengeance personnelle, peut-être, mais un pédophile ? En quoi le malheur des parents le réjouirait-il ?
Un googlage rapide produit de nombreux exemples d'une dissimulation brillante vis-à-vis de la presse, si parfaite qu'on accusa Kate MC d'être impassible.

Préjugé

OG a considéré la disparition de MMC comme un acte criminel commis par un étranger. C'est peut-être pour cela qu'ils n'ont trouvé ni MMC ni le criminel.


Preuve (la charge de la): renversement
C'est à celui qui affirme quelque chose d'apporter la preuve de ce qu'il affirme.




- Je crois en l'existence d'une divinité céleste : une petite théière en orbite autour du soleil... Cette divinité existe, essayez de prouver qu'elle n'existe pas !
- Non. Je n'ai pas à vous croire sur parole, c'est à vous d'apporter la preuve de ce que vous avancez. Ce qui est affirmé sans preuve peut être rejeté sans preuve.

Preuve et culpabilité
La tendance est trop fréquente de confondre preuve morale et preuve légale de culpabilité. Seule la seconde envoie le coupable devant un tribunal.

Preuve directe vs preuve circonstancielle
La preuve directe est un élément qui, s'il est avéré, prouve un fait pertinent de façon concluante. Par exemple, le témoignage oculaire est un type de preuve directe. La preuve directe n'est pas nécessairement plus fiable que n'importe quel autre type de preuve. Le témoin oculaire, par exemple, peut se tromper. La preuve directe établit un fait important sans que le juge des faits en tire des inférences. 
La preuve circonstancielle est un élément qui, indirectement, aide le juge des faits à inférer l'existence d'un fait. Par exemple, les empreintes digitales ou l'ADN trouvé sur la scène de crime sont des preuves circonstancielles. La preuve circonstancielle est parfois plus fiable que la preuve directe.


Procédure inquisitoire (v. Common Law)

Culturellement, pour les citoyens de pays à procédure accusatoire, il est difficile de comprendre qu'au Portugal, comme en France et ailleurs, ce n'est pas la meilleure histoire qui l'emporte.

Quelle valeur, quelle force de conviction pourrait avoir la prosaïque hypothèse de la PJ selon laquelle les parents, découvrant le corps de leur enfant morte accidentellement en leur absence, auraient caché, enseveli, jeté à la mer son corps en faisant croire à un enlèvement pour s'épargner les reproches éternels de leurs proches ? La honte aurait-elle sa place ici ?

Douterait-on en revanche du succès d'une histoire de ravisseur sans visage s'introduisant par la fenêtre forcée, volet arraché, rideaux emportés par le vent dans la chambre paisible de trois petits enfants endormis ? Il en emporte un sur ses bras étendus, comme une victime sacrificielle, scellant définitivement le destin dramatique d'une paisible et honnête famille.

Les séries télévisées ont popularisé les différentes manières de rendre la justice, familiarisant les pays européens où prévaut le système inquisitoire à la procédure dans les pays de Common Law où règnent négociation et persuasion, le pouvoir de convaincre le jury ou le juge dépendant de l'habileté des avocats et des capacités financières de chaque partie. Dans le système accusatoire on est dans une optique de négociation permanente et de persuasion sur la valeur des preuves et des témoins présentés devant un jury sous l’arbitrage d’un juge régulateur.

Publicité (du crime)

En faisant part immédiatement à leurs proches, avant même l'arrivée des policiers, puis en lançant dans le domaine public, à travers les médias et dans les heures qui suivirent l'annonce de la disparition de MMC, leur opinion (comme un fait) sur la nature du crime, ainsi que les plus ou moins prétendus malentendus sur l'appartement fermé à clef, le volet cassé et la fenêtre fracturée, pour ne rien dire de la mise en question de l'efficacité de la police portugaise, les MC n'ont donné à la PJ aucune possibilité de mener une enquête avec l'esprit ouvert et dans le respect de leur manière de procéder (secret de justice).

Ils n'ont jamais démordu, comme si la méthode avait fait ses preuves, de la conviction que la publicité est essentielle lorsqu'un enfant est porté disparu, alors qu'il n’existe aucune preuve fiable à l’appui de cette affirmation, où la photo du petit Etan Patz sur les emballages de lait n'eut hélas pas l'effet escompté. Dans le cas de Madeleine MC, les excès publicitaires à l'échelle mondiale n'ont fait que compliquer le travail de la police en dispersant l'attention sur les centaines de signalements que déclenchait chaque campagne de sensibilisation.

La suite de l'histoire a montré que les MC ne pouvaient pas faire mieux que la police.