Grâce à la liberté dans les communications, des groupes d’hommes de même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées.
Friedrich Nietzsche (Fragments posthumes XIII-883)

I/J



Idée (fixe)
Identification (le principe de l' ou de Kirk)
Illocutoire et perlocutoire
Image (gestion d' et célébrité)
Indignation (vertueuse)
Infanticide
Info-spectacle
Information (Sélection)
Information (Traitement)
Information (Manipulation)
Infox
Innocence (présomption d')
Innocence (délire d')
Innocence (tentation de)
Interprète
Interrogatoire

Juste


Idée (fixe)
On aimerait qu'au lieu de refuser totalement d'envisager une autre théorie que la leur, ce qui fait douter de leur bonne foi, les MC fassent leur la phrase dans laquelle Evelyn Hall résume le sentiment de Voltaire sur Helvetius : Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je défendrai jusqu'à la mort votre droit de le dire.
L'absurde hypothèse de Gonçalo Amaral, qui selon eux a empêché les gens de chercher MMC, a porté préjudice à une propagande (cherchez et vous trouverez, elle est vivante car rien n'indique qu'on lui ait fait du mal) qui concerne tout un chacun (sauf les MC).
Les MC veulent clairement faire taire GA, comme si c'était ou eux ou lui, ce faisant ils lui donnent trop d'importance. GA n'a fait que rassembler dans un livre ce qui avait filtré auparavant dans la presse auquel il a ajouté quelques traits vernaculaires tout en brossant son ego comme il pouvait. Les parents ont perdu leur enfant, le commissaire a perdu son enquête, les premiers ont le motif noble d'attirer l'attention de la planète sur une enfan à sauver, le second a le motif suspect de détourner l'attention de la planète d'une enfant morte.
La meilleure manière de damner le pion de GA serait de demander la réouverture de l’enquête en s’engageant à répondre aux fameuses 48 questions, participer à une reconstitution, et surtout s’intéresser à la piste de l’homme vu par les 9 Smiths, finalement le seul indice probant - enfant décrite très semblable à Madeleine - d’enlèvement.


Identification (principe de l' ou de Kirk)



Illocutoire et perlocutoire
La distinction entre l'effet illocutoire et l'effet perlocutoire provient de la théorie des actes de langage de John Austin (Quand dire, c'est faire), selon laquelle un acte performatif de langage (une promesse, un ordre, etc.) se divise en deux effets distincts : un effet illocutoire accompli par la parole si certaines circonstances ou normes conventionnelles sont réunies et un effet perlocutoire, psychologique, ressenti par le destinataire (confiance, peur, timidité, etc.).
L'effet perlocutoire se distingue ainsi de l'intentionnalité, dans la mesure où l'effet psychologique ressenti par le récepteur ne dépend pas de l'intention (il ne dépend pas de moi que le récepteur ait confiance en ma promesse, ou qu'il se sente insulté quand je l'insulte; mais si je dis: "je promets que...", alors l'effet illocutoire de la promesse a eu lieu, que je veuille, ou non, tenir cette promesse - celle-ci tenant sa valeur non pas de l'intention, de la sincérité, mais de la convention selon laquelle affirmer "je promets que..." c'est engager sa parole). L'effet perlocutoire est ainsi celui produit par la production de l'énoncé sur le co-énonciateur ou sur ses actes. Par exemple, suite à la phrase « Il fait un froid de canard », le co-énonciateur se lève et ferme la fenêtre.
Enfin, l’acte perlocutoire consiste « à produire des effets sur les sentiments, les pensées, les actes de l’auditoire » ; il a trait aux conséquences de l’acte de dire quelque chose.


Image (droit à)
Un journal publia une image de la grande tragédienne Rachel reposant sur son lit de mort. Sa sœur porta une action devant le tribunal afin de faire reconnaître une atteinte au droit à l'image de la défunte. Le 16 juin 1858, le tribunal civil de la Seine rendit une décision dans laquelle, pour la première fois dans l'histoire du droit français, il consacre le droit à l'image.
Les portraits posthumes de la comédienne rencontrèrent le même succès. Conformément à l’usage du XIXe siècle, sa sœur Sarah avait fait réaliser deux photographies de Rachel sur son lit de mort, attribuées – sans doute à tort – à Charles Nègre. Bien qu’elles fussent réservées apparemment à un usage privé, des épreuves en furent rapidement mises en circulation et elles inspirèrent à Frédérique O’Connell, figure en vue du Paris artistique et mondain sous le Second Empire, un fusain intitulé Rachel sur son lit de mort. Le dessin, parfaite illustration de la « douceur narcotique88 », fut exposé à la galerie Goupil qui le reproduisit et le diffusa en photographies, au grand dam de la famille Félix qui intenta un procès à l’artiste et obtint que photos et dessin soient retirés de la circulation. Mais le jugement eut surtout pour effet d’accroître la popularité de l’œuvre de F. O’Connell et d’attiser la convoitise médiatique. Là encore la conjonction de la célébrité et de la mort prématurée s’avérait le révélateur de l’évolution de la sensibilité collective et de la fascination que suscitaient les « belles morts », pour reprendre la formule de Philippe Ariès. 
 

Image (gestion d')
On sait que Madeleine's Fund a payé des spécialistes de gestion d'image pour répandre l'idée que les MC étaient innocents. Leurs avocats ont menacé et engagé des actions contre ceux qui publiquement faisaient savoir leurs doutes quant au récit des MC. Certains de leurs supporters sur les réseaux sociaux ont même constitué un dossier (au moins) contre ceux qui via twitter ou FB soupçonnaient les MC de ne pas dire la vérité. Ce dossier a été remis à la police et à certains médias dans l'espoir que la justice s'en emparerait. Le dossier n'a pas été jugé "criminel".
En d'autres termes, un effort massif a été entrepris pour dresser des MC un portrait de victimes de l'incompétente police portugaise, des médias et de gangs de méchantes gens sévissant sur la Toile. Cela a coûté beaucoup d'argent et, malheureusement pour eux, n'a convaincu personne. 
Les MC devinrent en deux temps trois mouvements les parents les plus célèbres du monde, les inconnus les plus notoires. 
On ne peut pas toujours choisir l'image qu'on veut montrer. Ils se sont mis en scène, c'était un choix. 
 

Indignation (vertueuse)
C'est un euphémisme en regard de ce que Philip Roth appelle "the ecstasy of sanctimony”, plaisir hypocrite et fédérateur peut-être, impitoyable et dangereux certainement, non limité au Nouveau-monde où dans la presse, à la radio et à la télé, les enfoirés à la vertu majuscule donnaient à qui mieux mieux des leçons de morale, dans leur soif d'accuser, de censurer et de punir, tous possédés par cette frénésie calculée que Hawthorne... avait déjà stigmatisée à l'aube de notre pays comme "le génie de la persécution". On peut parler de "vandalisme moral".


Infanticide
"Dans la majorité des affaires d’infanticide, les enfants sont tués par leurs proches, écrit le Dr Pierre Lamothe, psychiatre et criminologue, mais être responsable de la mort d’un enfant est une situation terrible à assumer. Pour cette raison, les coupables plongent parfois dans un délire d’innocence?" (voir ci-dessous)



Info-spectacle
Le traitement du faits divers dans les médias : une photo, une interview, une indiscrétion. L’info-spectacle, ou la négation de l’information...
Le « mimétisme de masse » si bien décrit et analysé par René Girard. On ne peut pas parler de la souffrance des victimes, devenues personnages de fiction, et ignorer celle des autres. 
La broyeuse médiatique. De rebondissements en dérapages. Course effrénée à l'information. La ruée vers l'info.
 

Information (sélection)
La manière dont nous sélectionnons les «bons informateurs», les propriétés que nous utilisons comme indicateurs de leur fiabilité sont assez complexes. Les indicateurs de confiance peuvent être notoirement biaisés par nos préjugés, ils peuvent être falsifiés ou manipulés par des informateurs malveillants ou simplement intéressés et changer dans le temps et l’espace. La façon dont nous acquérons des connaissances grâce à la communication est influencée par la responsabilité que nous assumons en donnant autorité à une source d'informations. Notre responsabilité n’est pas simplement une qualité morale que nous possédons ou avons tirée de l’expérience, mais une manière d’aborder nos interactions communicatives, une position vis-à-vis de la crédibilité et de la crédulité partagées, le cas échéant, avec nos informateurs. C’est une position dynamique, il faut éviter de décrire l'auditeur comme faisant un choix rationnel qui a la possibilité d'accepter ou de refuser une partie des informations qui lui sont présentées par un orateur. Dans la plupart des cas, nous n’avons tout simplement pas le choix: nous apprenons des autres parce que nous sommes immergés dans des pratiques de conversation dont le résultat est exactement le morceau que nous finissons par croire ou ne pas croire. Il n'y a aucune information a priori à acquérir qui ne soit construite dans le processus de communication.


Information (traitement)
Dans le traitement de l'information, le crime des crimes est le crime contre les enfants. Autrefois, le parricide était l'horreur absolue. Désormais, la natalité a baissé, les enfants sont devenus sacrés. Tout crime "aléatoire" (un enfant enlevé par un parfait inconnu) fait s'emballer la machine médiatique.
Le crime aléatoire nous semble le plus violent et le plus menaçant, chacun est concerné. On ne veut pas voir que, la plupart du temps, les enfants tués le sont par leurs propres parents. Sur une quarantaine d'enfants tués chaque année, trente-huit le sont par leurs parents, et deux par des étrangers. Statistiquement et criminologiquement, c'est dans l'entourage qu'il faut commencer à chercher les coupables.


Information (manipulation)
A l'ère des médias sociaux, vérifier l'information n'a jamais été aussi vital. Journalistes, observateurs, ne partagez pas une photo avant d'en avoir vérifié la teneur.
Ces derniers temps de nombreux articles ont été écrits sur le thème de la manipulation de l’information à l’ère des réseaux et médias sociaux. Photos recadrées, sorties de leur contexte. Vidéos ne correspondant pas à la période citée ou au pays mentionné, faux comptes Twitter, absence de sources… Toutes les manipulations possibles sont utilisées pour entretenir la désinformation, la rumeur, le dénigrement… L’utilisation des médias et réseaux sociaux comme le retweet automatique sans vérifier l’information participent-ils à la propagation de la manipulation de l’information ? Comment vérifier l’information face aux manipulateurs ? Quels outils peut-on utiliser ? Outre le fait que les canaux de communication ne cessent de s’accroitre, que chaque individu devient une source d’information, le simple quidam devient l’annonceur de THE «breaking news», retweeté, liké, partagé par ses amis, followers…
Twitter le canal de la viralité
La manipulation photographique
Il existe plusieurs manières de manipuler une photographie : modifier le contexte d’une photo pour en changer le sens est l’une des manipulations que l’on retrouve assez régulièrement sur les réseaux sociaux. Plus la photo est choquante plus l’émotion enjoindra les personnes à partager une information manipulée.
Twitter est devenu une véritable agence de presse en ligne, l’information arrive par flot et de tous côtés, compte perso, compte officiel. La rapidité d’information et d’informer n’a jamais été aussi importante. Dans ce contexte d’infobésité il devient nécessaire de prendre un certain recul face aux lucky luke du tweet. Si les devoirs des journalistes n’ont pas changé, ils doivent être encore davantage vigilants à l’ère des médias sociaux, la manipulation, notamment des images et des vidéos étant accrue. Pour rappel :
Déontologie et journalisme
Il existe plusieurs chartes rappelant les droits et devoirs des journalistes parmi elles la charte de Munich signée par la Fédération européenne des journalistes le 24 novembre 1971, on y retrouve 5 droits et 10 devoirs dont :
Respecter la vérité, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître la vérité.
Publier seulement les informations dont l’origine est connue ou les accompagner, si c’est nécessaire, des réserves qui s’imposent ; ne pas supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et les documents
Rectifier toute information publiée qui se révèle inexacte ;
S’interdire le plagiat, la calomnie, la diffamation, les accusations sans fondement ainsi que de recevoir un quelconque avantage en raison de la publication ou de la suppression d’une information


C'est une information mensongère ou délibérément biaisée qui a pour effet de brouiller la distinction entre les catégories du vrai et du faux, qui devient donc sans importance, non opératoire, et ce faisant porte atteinte aux jugements et expériences que nous pouvons partager, et donc à notre capacité de vivre ensemble dans un monde commun. 
Quatre catégories d’acteurs font circuler des informations fausses : ceux qui le font en sachant qu’elles le sont, simplement pour semer le désordre ; ceux qui le font par militantisme idéologique afin de servir leur cause ; ceux qui le font pour servir des intérêts politiques, économiques ou même personnels ; enfin ceux qui le font en croyant qu’elles sont vraies. C'est à propos de ces derniers que se pose surtout la question de la post-vérité.
Est-ce la prolifération des infox qui a fait basculer nos sociétés dans l’aire de la « post-vérité », terme apparu dans un article de Steve Tesich paru en 1992 dans The Nation et désignant les circonstances dans lesquelles les faits objectifs influent moins sur la formation de l'opinion publique que les appels à l'émotion et aux convictions personnelles, où les émotions et les opinions supplantent la réalité des faits. Le concept a été repris par Ralph Keyes dans The Post Truth Era (2004) où il établit que nos sociétés tolèrent énormément le mensonge ou les déformations de la réalité, à commencer par la publicité. L'immense accès à l'information, mais à une information pléthorique et dérégulée, non seulement ne nous transforme guère, mais se paie par une expansion énorme des fausses informations. La vulnérabilité des utilisateurs est également un fait attesté par de nombreux travaux de psychologie cognitive. La crédulité a souvent le dernier mot, notre rationalité a des limites cognitives, nous sommes des êtres de croyance.
Mais sommes-nous devenus indifférents à la vérité ?


Innocence (argumentation en faveur de l')

Ceux qui les croient blancs comme neige brandissent l’argument de leur quête incessante de Madeleine. Comme si, précisément, feindre de chercher encore et toujours n’était pas la parade idéale.





Innocence (obsession de l') 
L'innocence une fois perdue, ne peut jamais être regagnée.L'obscurité une fois regardée ne peut être perdue. John Milton
Sur l'innocence, voir ici
Les MC ne semblent pas s'être satisfaits d'un au moins nous avons notre conscience pour nous. Loin de là. Ils eurent très vite le violent désir d'être universellement reconnus comme innocents. Quiconque tempérait l'innocence ou hasardait l'ombre d'un doute se voyait immédiatement contraint de se dédire ou, par Carter-ruck interposé,  de se taire.
Pourquoi ? Peut-être parce que, comme ils ne cessaient de le répéter, le questionnement de leur innocence entravait sinon annulait la recherche de MMC. Aussi bien peut-être parce que ce qui comptait le plus, ou était le plus simple à rechercher et à obtenir, était d'être tenus pour innocents. Pour ce faire un ré-examen du dossier qui identifierait les failles commises par la PJ aiguiserait le discernement : les MC avaient été soupçonnés à tort.

Leur seule chance d'être innocentés totalement est dans la détermination de la nature du crime ou l'identification de Smithman qui a disparu de la surface de la terre en même temps que Madeleine.

Innocence (présomption d')
La présomption d'innocence est un droit absolu en démocratie. C'est à la police d'apporter une preuve de culpabilité, tâche parfois difficile si l'arguido, comme c'est son droit, refuse de répondre aux questions de la police, manifeste peu d'intérêt pour une reconstitution des faits, prétend donner le ton dès le premier jour dans l'enquête policière en rejetant le terme neutre de "disparition" tout en internationalisant, à travers un réseau familial, la notion plus dramatique et donc plus médiatique de "kidnapping", emploie au nez et à la barbe d'une police certes non dénuée défauts, des enquêteurs privés successifs, aux interférences parfois dérangeantes pour l'enquête officielle, dont les bilans se révéleront finalement nuls.
Stricto senso, les MC, suspects mais non inculpés, n'avaient pas à être mis hors de cause ou innocentés. Dans son rapport, le procureur de la république, faisant référence à leurs protestations d'innocence réitérées, indique explicitement que les MC ont perdu une occasion de le prouver.
Nous croyons que le dommage principal a été causé aux arguidos MC, qui ont perdu l'occasion de prouver ce qu'ils défendent depuis qu'ils ont été mis en examen : leur innocence par rapport au dramatique événement...
Le public, qui suit cette affaire de loin, justifie sa croyance en l'innocence des MC avec l'argument suivant : ils n'arrêtent pas de se manifester pour qu'on n'oublie pas Madeleine. Mais – et c'est une élucubration qui fait frissonner – si, hypothèse purement théorique, ils étaient coupables et voulaient à tout prix et à jamais être considérés comme innocents, que feraient-ils précisément, compte tenu du fait qu'il leur est impossible de sortir de sitôt de la lorgnette médiatique ?
Le point de non-retour a été franchi.
Et il en sera ainsi tant que, morte ou vive, Madeleine ne sera pas retrouvée.
Si l'on est vraiment innocent, si on a enlevé votre enfant, on sait que la police s'en occupe. On est en tête-à-tête avec sa douleur intime, quel est l'intérêt de la rendre publique ? Si on a besoin de rechercher une médaille de souffrance, c'est que quelque chose n'est pas clair. 
Les innocents sont discrets, ils suivent de bon gré les directives de ceux dont la tâche est de retrouver leur enfant.   
Quel que soit leur niveau de qualification, les enquêteurs peuvent ne pas trouver les preuves nécessaires pour prouver quelque chose au-delà de tout doute raisonnable. C'est peut-être parce que le présumé coupable est innocent, mais on ne peut considérer cela comme une preuve d'innocence. Le criminel peut être malin ou chanceux ou les enquêteurs malchanceux ou inefficaces.


Innocence (délire d') 
On peut s'auto-intoxiquer et se mettre dans la peau d'un innocent, mais le sujet est-il dupe, même s'il joue son rôle de mieux en mieux ?
On peut à la fois mentir et, en étant sincère, avoir du chagrin.  
Face au regard des autres, il est difficile moins de dire ce qu'on a fait, que d'expliquer ce qui s'est passé après l'acte, l'idée et la construction du scénario.

Le délire d’innocence est un mécanisme qui permet au coupable de continuer à vivre, selon le Dr Pierre Lamothe, il parvient à se convaincre lui-même que ça n’a pas pu arriver ou que c’est un autre qui a commis les faits. La mémoire s'efface.
Dans le cas de mort d'un enfant, épreuve très difficile à supporter, c'est un réflexe d’autodéfense,  
De l'auto-défense au déni de réalité. 
Pour assurer sa propre crédibilité, il faut s'enfermer dans la croyance en son propre mensonge. Une fois un scénario mis en place est atteint le point de non-retour.
Les MC se sont appuyés sur le battage médiatique pour étayer la conviction de leur propre innocence. Ils ont fini par y croire et par entraîner derrière eux famille, amis, avocats, public relations, autorités de la classe politique et artistique, milliardaires, médias. Au début les gens sont agnostiques. Ils veulent comprendre, ils soutiennent le non-abandon des recherches, ils compensent la prétendue mollesse voire incompétence de la police. Les médias s'agitent autour de la détresse de parents, en passant sous silence que, finalement, les coupables pourraient bien être ceux-ci. Les supporters endossent les vêtements des parents, chaussent leur bataille.




Innocence ou culpabilité (noeud gordien) ?
Il n'y a pas de moyen de savoir si les MC sont innocents ou coupables. Trop d'éléments sont inconnus, tout juste supputables. Toute allusion publique à cette affaire a des chances de se transformer en atelier de discussion. Mais à l'intérieur de soi-même aussi. Dans cette affaire chacun est livré à son intime conviction quant à savoir ce qui est arrivé à Madeleine McCann. Ce qui est intéressant à observer, ce n'est pas tant la culpabilité ou l'innocence des parents mais comment nos systèmes de justice fonctionnent, comment quelqu'un qui est pris dans le filet d'une enquête sans que l'on sache très bien faire la part des choses entre l'horreur d'avoir perdu un enfant, la consternation d'être soupçonné, le souci de l'image produite sur le public. Dans cette affaire, et c'est pourquoi on en parle encore, il y a un espace, très restreint, où l'on peut croire qu'ils sont innocents (un cambrioleur surpris étouffe involontairement et efface ses traces, un observateur opportuniste emmène dans sa tanière à la manière du Collector, l'enfant sort et fait une rencontre improbable que l'agitation ambiante finit par rendre fatale, etc.) et un espace, plus vaste, où l'on peut croire qu'ils sont coupables (l'un d'eux a involontairement causé la mort de l'enfant, l'accident est domestique mais une surveillance appropriée l'aurait évité, quand la mort est découverte le corps est déjà froid, etc.).

Devant un jury évidemment on dirait que le doute doit profiter à l'accusé.




Innocence (tentation de l') 
Pascal Bruckner ("La tentation de l'innocence") appelle "innocence" cette maladie de l'individualisme qui consiste à vouloir échapper aux conséquences de ses actes, cette tentative de jouir des bénéfices de la liberté sans souffrir aucun de ses inconvénients. Elle s'épanouit dans deux directions, l'infantilisme et la victimisation, deux manières de fuir la difficulté d'être, deux stratégies de l'irresponsabilité bienheureuse.  
C'est croire que le monde est là pour nous. Living in the age of entitlement, on a droit à ci, on a droit à çà, on "mérite" ceci, on "mérite" cela.  Tout est dû, on est un ayant droit, on n'est pas responsable, a-t-on demandé à venir au monde ?


Interprète
Dispositions légales
En cas de témoignage officiel, la déposition est relue et son contenu expliqué. Après avoir donné son accord, le témoin confirme et signe comme exact le contenu du document qui suit, conjointement avec l'interprète assermenté. C’est la procédure normale dans tous les entretiens formels. En co-signant, l’interprète s’engage légalement quant à la précision de sa traduction. Donc, le témoin signe pour dire que le contenu est exact et l’interprète pour dire que la traduction est exacte. Un motif assez fort pour que l'interprète s'assure que sa traduction est correcte parce que sa responsabilité est légalement engagée.


Interrogatoire
Insulter Paiva, dit Kate MC, la maintient forte. Si vous n'êtes pas fort, vous êtes faible. Tout se passe comme si cela lui permettait de contrôler sa faiblesse, mais pas son tempérament. Si nous sommes submergés par la faiblesse, nous nous effondrons, nous n'attaquons pas.
Lorsqu'elle avait été interrogée par Neves et Encarnação, Kate s'était totalement effondrée, car Neves lui avait déclaré sans ambages qu’ils ne croyaient pas à sa version des événements. Cela ne correspondait pas à ce qu’ils savaient. Ils ont voulu savoir pourquoi elle pensait que Madeleine était en vie quand elle avait disparu. Elle a répondu que rien ne suggérait le contraire, rien n'indiquait qu'on avait pu lui faire du mal. Elle essayait d'éviter de s'effondrer, pas question d'insulter/attaquer, même plus tard dans M*...

Juste

La sagesse du jugement consiste à élaborer des compromis fragiles où il s'agit de trancher moins entre le bien et le mal, entre le blanc et le noir qu'entre le gris et le gris, ou, cas hautement tragique, entre le mal et le pire.
Paul Ricoeur (Le Juste).
Dans Éthique à Nicomaque, Aristote écrit: "la justice, seule des vertus dans ce cas, passe pour être un bien qui ne nous regarde pas: c'est parce qu'elle regarde autrui" {V,3, 1130 a, p.104 de l'édition]. Dans sa démonstration, Aristote en arrive à aborder la position de celui qui exécute ce qui est juste (le bien) par peur et de celui qui "victime de contrainte et contre son gré" accomplit une injustice. Ni à l'un ni à l'autre, l'acte juste ou injuste ne peut être imputé, car sous la contrainte, les actes commis perdent leur qualité ou leur caractère néfaste.