Grâce à la liberté dans les communications, des groupes d’hommes de même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées.
Friedrich Nietzsche (Fragments posthumes XIII-883)

E







La thèse de l'enlèvement n'est pas, et n'a jamais été, suivie d'un point d'interrogation.



Effet de mode ou "effet bandwagon"
La consommation d'un bien augmente lorsque les individus savent qu'il est demandé par un grand nombre de personnes. La pression sociale existe et nous incite à un comportement conforme. 
Où l'on rejoint Asch. Un comportement dans une situation ambiguë nous semble correct si d'autres l'appliquent. La pression pour se conformer est alors si puissante qu'elle échappe à toute critique. Des exemples d'utilisation de cet effet de mode sont "4 parmi 5 docteurs recommandent...", la claque dans un théâtre, les pièces de monnaie dans une sébile. C'est cet effet qui explique en partie que les chrétiens attendent toujours le retour du Christ, un phénomène qui devait, au début du premier millénaire, s'accomplir incessamment... Les milliardaires et célébrités qui ont d'emblée investi ostensiblement de leur personne dans un drame "en or" car un enfant était la victime,  continuent à soutenir les MC (de loin, sans se mouiller) car ils redoutent moqueries et critiques : plutôt s'accrocher à la foi que perdre la face. 
Si un grand nombre de personnes pratiquent un comportement donné, il pourra être beaucoup plus facilement accepté. Cela donne une très grande puissance de modelage de la société aux films et à la télévision. S'identifier à une autre personne, car "elle est comme nous" renforce notablement l'effet de mode. L'effet de mode peut être utilisé pour influencer volontairement des opinions, des comportements, des idées. Il mène aussi à des catastrophes : les moutons de Panurge, l'effet Werther. Le rire en boîte de certains talk shows est plus efficace que de mauvais gags. Faites comme vous voyez faire autour de vous, vous risquerez moins les faux pas sociaux.  C'est ce qui nous fait observer les autres, en situation de crise, en quête d'un parti pris à prendre. Si personne n'agit, chacun interprète la situation comme non urgente. Latané et Darley ont montré que plus il y a de témoins moins la victime est susceptible de recevoir de l'aide : "...a New York college student who appeared to be having an epileptic seizure received help 85 percent of the time when there was a single bystander present but only 31 percent of the time with five bystanders present.
La clef de l'ignorance plurielle est l'incertitude. Si quelqu'un est dans le besoin, soit victime d'une attaque ou malade, la manière la plus efficace d'obtenir de l'aide est de requérir l'aide de manière spécifique en se dirigeant à un individu. Les recherches montrent que les gens sont plus réactifs quand ils comprennent qu'il y a urgence et que leur collaboration est requise. L'inaction se produit quand ils observent celle des autres et concluent qu'il n'y a rien à faire.
Nous regardons autour de nous pour voir ce que d'autres comme nous font et nous nous comportons de la même manière, le pilotage automatique nous régit. Nous croyons afin de pouvoir "appartenir". Le problème surgit quand les données sont falsifiées ou devenues inadéquates, il faut alors reprendre le contrôle.

Effet Streisand
L'effet Streisand est un phénomène internet qui se manifeste par l'augmentation considérable de la diffusion d'informations ou de documents faisant l'objet d'une tentative de retrait ou de censure. C'est un corollaire du principe économique de rareté. L'inflation d'informations disponibles sans grande hiérarchisation, met à mal notre équipement mental, incapable de maîtriser la complexité et la richesse de l’environnement.

Emballement (médiatique : mécanismes)
Dans nos sociétés de consommation l'information est une marchandise et comme telle doit obéir aux lois du marché et de la concurrence entre les dispensateurs de nouvelles, les médias. Tout événement nouveau est l'occasion, pour chaque média, de se laisser déborder par un autre, plus prompt, pour une source d'être éclipsée par une autre, plus au parfum. La mondialisation ayant élargi considérablement le champ de l’actualité et l'informatisation permettant l’instantanéité de l’information, les médias sont sur le qui-vive en permanence, si bien que la tentation est grande de les comparer à des oiseaux de proie. 
Tout passe, tout lasse, mais s'agissant de fait-divers, si la sur-dramatisation a opéré, l'engouement s'empare de la corporation journalistique, puis de la population. C'est l'emballement médiatique, un phénomène contagieux. L'excitation collective induite par la machine médiatique donne au fait-divers qui en est l'origine une importance sans commune mesure avec son importance en soi et son intérêt pour le public en général. C'est ce décalage qui permet de porter un diagnostic d'emballement. Pour filer la métaphore du cheval qui s'emballe1 en raison de quelque excitation excessive, c'est au moment où il s'élance au galop sans contrôle en prenant un appui brutal sur la main qu'il faut l'arrêter. Une seconde plus tard, c'est trop tard.
Ainsi de la télévision et de son goût pour les images frappantes qui focalisent amertumes et frustrations. Nous regardons l'image d'individus qui ne nous renvoient pas le regard que nous leur adressons. Il y a entre ceux qu'on montre (les victimes) et ceux qui parlent (experts, journalistes, policiers) un gouffre. 
Premièrement, parce que regarder est le contraire de connaître.
Deuxièmement, c’est le contraire d’agir. 
Le spectateur multiplie les aliénations et, au lieu de regimber, se complaît dans la passivité. Non, il n’y a pas d’un côté la masse ignare qui subit l’aliénation et de l’autre «l’élite qualifiée pour diriger le troupeau aveugle». Il y a qui s’entête à penser que le «partage du sensible» est l’affaire de tous et que dénier à certains la capacité de penser, c’est nier qu’ils puissent devenir des sujets pleins et entiers. 


Les anthropologues parlent d'"autonomisation" du médiatique : le réel perçu à travers les médias occupe une bonne partie du temps de veille de l'individu.
Il apparaît quand la concurrence et la propension à vouloir concurrencer, à imiter ou à suivre leurs confrères (on parle de comportement moutonnier) pousse des médias dans une dynamique collective qui amène chacun d’entre eux à oublier sa responsabilité individuelle devant les média-consommateurs et la société. Les médias tournent alors sur eux-mêmes tels une toupie, et ils ne parviennent pas à s’arrêter. Le public est comme pris en otage, il ressent un malaise, il détourne son attention.
Si l’emballement est d’abord le fait des médias, des “émetteurs” d’information, et non du public (les “récepteurs”), il n’est cependant pas le fait de la seule profession journalistique. Il entraîne dans son sillage frénétique nombre d’acteurs du débat public, comme happés à leur tour, qui sacrifient mécaniquement et rituellement aux paroles et aux postures d’usage, comme l’a montré l’épisode de la fausse agression du RER D, l’été 2004 : le politique est entré en scène, le confessionnel, les grands corps, certains représentants éminents de la société civile, les éternels gardiens de la conscience nationale, etc. L’emballement va avec un rituel.
L’emballement risque de mener à la saturation où il se perdra corps et biens. Tout est donc une question de dosage, l’inlassable répétition pluri-quotidienne des mêmes faits et des mêmes commentaires, déclinés à l’infini d’une radio à un journal, d'une chaîne TV à Internet, pouvant gaver. La suroccupation des ondes. Et puis il y a le phagocytage des autres nouvelles. Tout le reste de l'info est avalé par ... A défaut de hierarchie des valeurs.
Il est donc bombardé d’infos qui sont pour lui proprement illisibles, incompréhensibles, L’emballement atteint ainsi son point paroxystique quand le décalage entre l’importance de l’affaire aux yeux des médias et son importance aux yeux du public est maximal.
Les emballements ne sont peut-être pas plus nombreux qu’avant, mais leur forme est plus compacte et plus dense car le produit médiatique vieillit mal, au bout d'un mois il ne vend plus.
Notons par ailleurs que les emballements sont aussi mieux connus, plus décrits et plus décriés auparavant, dans un contexte de discrédit généralisé des médias et de leur travail.
Il s’agit d’un phénomène structurel, qu’il faut rattacher au fait qu’on assiste aujourd’hui à un encodage, un formatage de l’actu en “séquences crisiques”. La “crise” est un phénomène médiatique qui s’appuie sur une réalité objective, mais qui lui donne une existence autonome, réglée par une dramaturgie : un événement initial (l’emploi du mot Kärcher par exemple dans une banlieue), une
réaction populaire ou un intérêt du public, l’enclenchement des médias, l’entrée en scène des grands rôles (le politique, le syndical, l’associatif, les militants de ceci, de cela, les gardiens de la mémoire de ceci ou de cela, etc.), une ébullition collective dans un cercle plus ou moins large ou d’une amplitude plus ou moins grande ; puis suivent généralement d’autres évènements, des rebondissements, puis un tassement et bientôt une sortie de crise. Bref, l’emballement est la trace de l’excès de dramaturgie. Il est consubstantiel aux formes de récit qu’emprunte l’actualité. Il les exacerbe. Il en est l’adrénaline collective.
Prenons l’exemple du CPE. On a assisté à une grande saga médiatique ; tous les éléments étaient réunis pour faire de la fronde anti-CPE un événement spectaculaire : universités en grève, manifs, syndicats unis, des jeunes enthousiastes, un gouvernement en difficulté et la Sorbonne occupée.
La disparition de Madeleine McCann surgit à la une des journaux à grand renfort de tous les cauchemars de l'inconscient collectif. Un peu d'écho et voilà l'exacerbation médiatique installée. Dès les premiers instants était planté le décor et mis en place les ingrédients du drame au péril de passer à côté de l’événement lui-même et de ses enjeux profonds. Et c’est là qu’un malaise, voire qu’une forme de mécontentement peut poindre et monter dans le public.
On peut se demander quel rôle ont joué les médias tout au long de cette séquence ? Ont-ils été perçus couvrant correctement les évènements ou bien, victimes d’un emballement, attisant le feu ? Question essentielle eu égard à la problématique ancienne de la crédibilité des médias.
1Ce n'est pas comme le cheval qui « emmène », celui-là part au galop sciemment, se contrôle parfaitement et domine... son cavalier.