Barbara Ann Kipfer est linguiste et archéologue
Si nous diluons dans l'irrationnel les faits, limités mais solides, de l'affaire MC, l'avenir sera pavé des mêmes erreurs, sans redressement possible.
19 – Selon le Mirror, Christian B souhaite publier, en allemand et en anglais, un récit, le sien, "qui révélerait tout", une publication "révoltante" dont la seule idée suscite naturellement "l'indignation". Et la presse de rappeler que "des règles strictes interdisent aux criminels de tirer profit de leurs crimes". Qui lirait puisque, à en croire, les auto-proclamés maîtres de la plume et de la lucidité, l'individu est "monstrueux" ? En Allemagne toutefois la législation est un peu différente : aucune glorification du crime n’est autorisée et la présentation des actes criminels ne peut enfreindre le droit pénal, notamment en donnant des instructions pour la commission d'infractions. Les auteurs d’infractions ne peuvent pas exposer, insulter ou porter atteinte de manière illicite à la vie privée et aux droits de la personnalité de leurs victimes ou des familles de celles-ci. Les noms réels peuvent donc devoir être modifiés ou les personnes anonymisées, selon les circonstances. Lorsque la loi le permet, les victimes peuvent demander la saisie des droits d’auteur pour se rembourser. La possibilité de saisir les revenus tirés d’un livre dépend essentiellement du lien juridique entre l’argent et l’infraction sous-jacente.Kevin Moore, un ancien inspecteur de police britannique à la retraite, a déclaré que c'était "odieux" et qu'il n'achèterait pas le livre d'un "individu particulièrement répugnant, condamné pour des crimes horribles", en espérant que "le public ne voudra pas non plus acheter le livre". On a envie de sourire. Pour les habitants, "effrayés" et probablement bien pensants de la région d'origine de CB, une telle publication serait "une honte."
Un écrivain professionnel aiderait le "monstre délirant" à rédiger le texte. Une source a déclaré au Mirror : « Christian B tient absolument à donner sa version des faits. Il pense que le fait d’écrire sur son innocence l’aidera. Il souhaite que le livre soit publié en allemand et en anglais. En fin de compte, il y voit également un moyen de subvenir à ses besoins financiers, car il n’a pas réussi à trouver de travail depuis sa sortie de prison et vit grâce aux allocations. »
Avec toutes les campagnes style "haro sur le baudet", on ne s'étonnera pas que CB ne parvienne pas à trouver du travail. Et s'il dit la vérité, après tout, qu'aurait-on à redire à ce genre de travail ?
Naturellement le Mirror s'émeut d'une "nouvelle souffrance causée aux parents de Madeleine". Pourquoi, si CB écrit uniquement sur son innocence ? Parce que CB est utile comme présumé coupable ? Qui en douterait ?
20 – Selon le Daily Mail, Christian B a admis qu’il se trouvait à seulement 150 yards de l’appartement de vacances des MC la nuit de la disparition de M. "J’étais sur la plage, non loin de l’hôtel de Maddie, en train de vendre de la drogue. J’étais en Espagne et j’avais fait passer de l’herbe en contrebande au Portugal. J’ai même été interpellé trois fois par la police dans la rue [à Praia da Luz] alors qu’ils recherchaient Maddie. Heureusement, ils n’ont pas trouvé la drogue. Ma camionnette en était pleine. Je me suis enfui à toute vitesse ; il y avait des gyrophares bleus et des barrages partout. Je me suis juste dit qu'il fallait que je sorte de là.” Expliquant son silence sur cette affaire jusqu’à présent, CB a déclaré s'être tu "parce que la police voulait me faire porter le chapeau dans l’affaire Maddie."Hier soir, une source proche de la famille MC a déclaré : « Si ce que CB dit est vrai, cela soulève évidemment la question de savoir ce qui aurait pu se passer si la police portugaise ne l’avait pas laissé filer. »
Ces gens sont merveilleux ! Comme si la PJ avait laissé filer un kidnappeur ! On voit précisément que la police, focalisée sur la présence possible d'une petite fille dans un véhicule, a bien fait son boulot en les contrôlant tous. Au diable la drogue !
CB a insisté : « Je n’ai rien à voir avec la disparition de la petite fille. Je serais heureux si Maddie réapparaissait demain, car tout le monde comprendrait alors immédiatement que tout ce qui m’est reproché est et a été monté de toutes pièces. Mais cela n’arrivera probablement pas, je reste donc le principal suspect. » En voilà un au moins qui ne s'aveugle pas sur son sort.
Réaction au Portugal : Gonçalo Amaral est invité par une chaîne TV. Il ne dit presque rien de nouveau, mais fait pour la deuxième fois allusion au signalement au BKA par ? de l'existence de Christian B, délinquant allemand pédophile (?) dont l'unique forfait avéré au Portugal est d'avoir siphonné le gasoil d'un camion (méfait pour lequel il fit quelques mois de prison). Toutefois, la dénonciation tardive mais intéressée d'un ex-comparse de CB, par ailleurs incarcéré en Grèce comme trafiquant d'êtres humains, aurait permis au BKA de lui mettre sur le dos une accusation de viol, non corroborée médicalement, par une septuagénaire américaine qui n'avait plus toute sa tête. De là à en faire le suspect numéro un dans le prétendu enlèvement de MMC, il n'y avait qu'un pas ! Le BKA était prêt à tout pour entrer dans l'Histoire comme ayant élucidé le plus célèbre mystère du début du XXIè !
Octobre
02 – La société de production StoryFilms London prévoit une diffusion le 6 octobre, sur Prime Video (Amazon), d'un "documentaire" intitulé Madeleine McCann : the case that broke Britain (l'affaire qui a bouleversé la Grande-Bretagne). Le documentaire examine comment l'enquête internationale intensive menée pendant des décennies et la tempête médiatique sans précédent qui s'en est suivie ont profondément bouleversé la confiance du public, le journalisme d'investigation et les normes de protection de l'enfance à travers tout le Royaume-Uni. "Journalisme d'investigation" ? Qui eût cru ?
13 – Une des victimes collatérales de l'affaire MC, l'homme condamné au statut de suspect numéro un sans avoir jamais été accusé, Christian B, s’est présenté devant le tribunal régional d’Oldenburg, dans le nord de l’Allemagne, un peu plus d’un an après sa sortie de prison. Il contestait une peine de six semaines de prison pour une altercation remontant à octobre 2023 à la prison de haute sécurité d’Oldenburg, surnommée localement « l’Alcatraz du Nord ». Le tribunal a entendu que CB, qui se plaignait de douleurs du côté gauche, aurait insulté une gardienne avant de refuser des analgésiques et un gardien après avoir refusé d'être maîtrisé pour se rendre à l'hôpital.CB a reconnu les faits en nuançant les termes employés. Il s'est plaint de "persécutions oppressantes" (les médias en ayant été les vecteurs) l'empêchant de "reconstruire sa vie" : "Tant de choses terribles se produisent dans le monde, dont aucune n’a quoi que ce soit à voir avec moi, et pourtant on refuse de m’accorder le droit à l’oubli et de me permettre de commencer nouer de nouveaux liens sociaux et de retrouver ma place dans la société."
L'avocat de CB, Friedrich Fülscher, a fait valoir que son client faisait un "effort sincère en vue de sa réinsertion" et a souligné que son comportement en détention avait été tout à fait normal jusqu’à ce que, sans fondement factuel, on le qualifie de "principal suspect" dans l’affaire MC. FF a affirmé que son client avait été traumatisé par son séjour en prison (comme un tueur en série il était à l'isolement strict, n'ayant droit qu'à une heure de promenade en rond, seul et condamné au silence).Les juges ont fait droit au pourvoi en appel, annulé la peine et, surtout, ont reconnu que CB n’avait plus de mémoire fonctionnelle après les épreuves endurées pendant ses années d’incarcération. CB est sorti libre.Naturellement les tabloïds ont prophétisé (le Sun) que CB pourrait désormais invoquer la perte de mémoire chaque fois qu’il serait interrogé au sujet de l’affaire MC.

